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Miss Sloane, critique

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Il est difficile d’apprécier un thriller machiavélique et scandaleux qui défend les thèmes qu’il évoque. L’inégalité des genres et des sexes, la corruption d’idées et la manipulation, les abus de biens sociaux et de pouvoir, les écoutes illégales et les malversations financières reflètent la décadence de notre système. D’un cynisme et d’une froideur inégalables, Jessica Chastain, interprétant une lobbyiste égalisatrice, les dénonce sans les analyser, ni les cerner. S’agit-il de sa part d’une maladresse ou d’une stratégie pour ébranler la morale conservatrice de ses pairs ?

Après être parti en cure de jouvence au Marigold Hotel, John Madden nous revient et s’essaie au thriller politique. Il dresse le fascinant portrait d’Elizabeth Sloane (Jessica Chastain), une lobbyiste impitoyable et maladive, qui décide d’oeuvrer en faveur d’une opportunité juteuse, au grand dam de son employeur. Par conviction, Sloane s’engage dans le groupe rival de Rodolfo Schmidt (Mark Strong) pour adopter une loi nouvelle, visant à réguler les armes à feu auprès de sénateurs. Entre la ferveur d’un combat haletant et une soif de pouvoir, les sentiments deviennent pour cette lobbyiste une effroyable arme à feu pour abattre sans état d’âme ses concurrents. Et, c’est sans oublier les nombreux coups bas qu’elle devra éviter.

Devant des affaires de corruption d’hommes haut placés, des attaques personnelles répugnantes et une pression juridique qui monte crescendo, Elizabeth Sloane est contrainte d’anticiper, de se protéger des coups adverses, allant jusqu’à recourir à des moyens extrêmes pour ne pas tomber dans une guerre idéologique sans fin. Tour à tour une femme implacable et obsessionnelle, Jessica Chastain qui l’incarne est une redoutable guerrière bureaucratique. Elle fait preuve d’intelligence et de lucidité pour maitriser un monde politique abject. Et mener une vie effrénée jusque dans ses rares moments d’intimité fonctionnelle. La lobbyiste qu’elle est devenue ne s’en distingue que par l’abnégation d’elle-même, engendrée par une foi authentiquement malsaine. Cette attitude confirme une vision nauséabonde de la politique : celle où des carrières sont édifiées depuis des idées amorales et illogiques.

Né(e) d’un remarquable travail jusque dans les recoins d’une intrigue politique soutenue, Miss Sloane est une lobbyiste parfois maladive, souvent intelligente face à ses adversaires, complotistes ou non, prêts à tout pour la détrôner. De son ascension politique à sa constance, en passant par des rebondissements de dernières minutes, on ne retient que l’austérité et la cacophonie peu enthousiasmante qui nous plongent dans les arcanes d’un univers impitoyable, où tous les coups sont permis pour détourner sa patrie, satisfaire sa morale bien pensante et se faire passer comme le martyr de la société sur qui l’on s’acharne. Devant ce verdict alarmant auquel on est habitué à voir dans la sphère politique, la réussite professionnelle n’a plus aucun secret pour personne et Miss Sloane apparait comme une vision répugnante d’un cinéma à scandale.

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