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Mary, critique

Guillaume Blet 0

Après avoir modernisé les Spider-Man de Sam Raimi et réalisé le merveilleux (500) jours ensemble, Marc Webb s’attaque cette fois-ci à la difficulté d’être parent pour un oncle. Ce dernier qui n’avait aucune expérience en matière d’éducation parentale pourrait être surpris lorsque sa soeur lui confiera son bébé…

Sept ans après la perte de sa soeur Diane, une mathématicienne prodigieuse, Frank (Chris Evans) s’occupe de sa nièce Mary (Mckenna Grace) et de Fred, un chat à un oeil. Tous les trois sont heureux de vivre une vie simple. De temps à autre, leur voisine Roberta (Octavia Spencer) les aide dans les tâches ménagères. Tout se passe bien jusqu’au jour où Frank décide d’envoyer Mary à l’école à son grand désespoir. Mary n’est pas tout à fait une enfant comme les autres. Surdouée, Mary est persuadée de perdre son temps à l’école, mais son oncle ne lui cède pas. Lors de son premier jour d’école, Mary se révèle et sa maitresse, Bonnie (Jenny Slate), découvre vite ses capacités intellectuelles à résoudre des équations complexes en un temps record. L’attitude de Bonnie met en évidence toute une série d’événements susceptibles de modifier non seulement la vie de Mary, mais également celle de Frank et de Roberta. Consciente du potentiel de Mary et soucieuse de ne pas la voir profiter de son savoir-faire, la directrice de l’école reçoit Frank puis sa mère Evelyn (Lindsay Duncan). Cette dernière possède, elle aussi, un fort penchant pour les mathématiques. Le retour de sa mère ouvre de vieilles blessures et déclenche les premières joutes judiciaires, comme ce fut le cas pour la famille Kramer (Kramer contre Kramer). Entre Frank et Evelyn, les relations sont houleuses et tous les coups sont permis pour permettre à l’un de conserver la garde de sa nièce et à l’autre de la récupérer après des années d’absence. Frank désire, au fond de lui, que sa nièce ait une enfance normale, alors qu’Evelyn veut qu’elle reprenne les travaux de sa mère Diane au sein d’une prestigieuse école.

L’histoire parait simple, présumable. Diane n’est plus là, elle laisse la garde de sa fille à son frère Frank et elle crée un profond malaise entre chaque membre de sa famille. Le verdict n’est ni plus ni moins soit une famille d’accueil pour Mary, soit une garde alternée, mais Marc Webb montre ce que peut être une parole « à hauteur d’enfant » au milieu des voies adultes. Cette parole considère cette petite fille malicieuse et surdouée comme les autres de son âge. Elle se révèle comme une expérience enrichissante et marquante pour ses proches, oscillant entre le confort de Mary, leurs ambitions personnelles et leurs rancoeurs.

À l’image du Will Hunting de Gus Van Sant, Mary est une enfant à l’esprit vif qui ne cherche qu’à être aussi naturelle que possible. Et son potentiel pour y arriver ne réside pas seulement dans sa capacité à faire partie d’une certaine élite, mais surtout dans sa volonté à mener une existence normale aux côtés des autres de son âge. Mckenna Grace qui la joue incarne un mélange parfait d’allure et d’innocence, d’intelligence et de beauté, d’intégrité et de courage, habilement relevé d’un soupçon d’espièglerie enfantine. La jeune actrice est crédible dans chacune de ses apparitions. Et plus vous connaissez son personnage, plus vous avez envie de la rendre heureuse. Bien que le point de vue de Mary soit important, Marc Webb s’est concentré sur la façon dont elle pouvait influencer ceux qui se disputent sa garde. Les confronter permet de remettre en cause l’éducation parentale en plein conflit familial. Quels choix peuvent-ils être bon pour Mary ? Mary peut-elle avoir une enfance normale, même si elle est en avance sur son âge ? Pourquoi sa mère Diane a-t-elle confié la garde à son frère Frank et n’a-t-elle rien dit à sa mère Evelyn ? Qu’aurait-elle voulu pour sa fille aussi adorable que n’importe quel autre enfant ?

Il y a entre Frank et Mary une grande complicité qu’il est difficile de ne pas voir à l’écran et dont on se demande si Evelyn ne commettrait pas une erreur en les séparant. Chacun est complémentaire l’un de l’autre. Des moments charmants et pittoresques soulignent l’étroite relation et les liens forts qu’ ils partagent depuis la mort de Diane.

Chris Evans apparait comme un homme abîmé, calme et marqué par la tragédie du Frank qu’il interprète : celle de ne pas honorer une promesse qu’il a faite à celle qui tient le rôle de sa soeur. Ce qui est adapté au contexte du récit, mais Evans ne fait pas justice à son personnage. Prêtant vie à une âme sensible, Chris Evans combine l’aspect doux de sa personnalité avec un léger sarcasme face à une Mckenna Grace qui mélange dérision et finesse pour se révéler. Lindsay Duncan, quant à elle, tient le rôle d’une richissime femme aussi maladroite qu’Evans. Il est difficile de ne pas les apprécier et de ne pas voir qu’ils ont chacun à leur manière la satisfaction de faire ce qu’ils pensent être ce qui vaut mieux pour Mary.

Les comédiens adultes sont quelque peu maladroits. L’adorable Mckenna Grace crève l’écran, par sa finesse d’esprit, sa sensibilité et sa simplicité. De ses 11 ans, elle nous touche par sa détermination de vivre modestement, malgré ses facultés intellectuelles hors-normes. Et Marc Webb signe un conte familial délicat et subtil, où l’on oscille entre émotion et tristesse, entre humour et joie.

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