Critique : Maman à tort, un film de Marc Fitoussi - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Maman à tort, critique

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Connaît-elle vraiment ses parents ? Une jeune fille de 14 ans découvre un autre visage de sa maman, lors d’un stage d’observation qu’elle effectue dans la société d’assurances où cette dernière travaille. Cette semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise avec ses grandes lâchetés et ses petits arrangements, va sceller le jeune destin de cette fille…

Après Copacabana et La Ritournelle, deux comédies sur fond de crise sociale où il avait analysé subtilement les interactions sociales entre des personnes modestes et leur rapport avec l’argent, Marc Fitoussi continue de s’intéresser aux rapports humains pour soulever un autre problème sociétal : celui de l’impact des relations professionnelles entre direction et employés, entre managers et subordonnés, voire même entre une cadre et son enfant, sur la vie de gens ordinaires. Un sujet « casse-gueule » qui peut être menacé par la subtile fibre comique de Fitoussi, mais c’est en donnant la parole à cette jeune fille qu’il parvient à porter un regard juste, lucide et pédagogique sur le monde de l’entreprise dans laquelle des injustices se créent implicitement. Ces dernières s’expliquent par l’abandon des principes moraux des directeurs et la mise en place d’accords illégaux et nuisibles à tout un chacun.

Marc Fitoussi suit avec intérêt et ferveur les pas d’Anouk (Jeanne Jestin) qui débarque dans la société d’assurances de sa mère Cyrielle (Émilie Dequenne) pour y effectuer un stage d’observation. Nous faire entrer dans le monde de l’entreprise par le biais de la jeune fille, nous permet de mieux cerner le fonctionnement managérial interne et les enjeux des entreprises de nos jours. Cette immersion est à la fois didactique et scolaire. Jusqu’à ce que la clairvoyance de Fitoussi et le réalisme des situations, comme celle de Nadia (Sabrina Ouazani) incapable de se faire indemniser au titre d’un contrat d’assurance-vie, viennent noircir ce qu’Anouk avait imaginé sur l’entreprise de sa mère. La jeune fille est à la fois impuissante et révoltée face à l’inertie de sa mère, et de ses collègues Blanchard (Jean-François Cayrey) et Simone (Annie Grégorio). Ces trois personnes, sous les ordres d’une direction rigide, préfèrent asseoir leur autorité devant leurs clients désemparés plutôt que de leur trouver une solution adéquate.

Cette réalité où les salariés sont contraints de détourner leurs éthiques pour satisfaire la politique de leurs patrons au grand désespoir de leurs clients, forge peu à peu l’identité et le caractère trempé d’Anouk. Si la jeune fille, mélange d’étrangeté et de fragilité, réussit à dresser une critique malicieuse et pertinente d’un monde du travail décadent, son sens de l’humour n’en est pas moins oublié. Il nourrit une esthétique du secret et ses réflexions criantes de vérité s’effacent devant l’image triste de cette société d’assurances dont l’objectif (fixé par la direction) est de gagner de l’argent tout en diminuant le nombre d’indemnisations. La seule issue possible à l’émerveillement d’Anouk est son sens de l’humour qu’elle développe pour s’amuser avec deux pimbêches superficielles, Bénédicte (Nelly Antignac) et Mathilde (Camille Chamoux), qui s’occupent d’elle. Futée et pleine de vie, la jeune fille croque le monde du travail avec enthousiasme, force et perspicacité.

Toutes ces histoires, non conformes à ce qu’Anouk attend de l’existence, nourrissent avec pertinence le propos de Marc Fitoussi pour créer un diagnostic doux-amer de l’entreprise et ses dérives (aspect pyramidal, culture du profit et du rendement, malaise et souffrance des salariés, suicide). L’enquête « à hauteur d’enfant » dans un monde de grands est pour Fitoussi une façon de considérer la jeune fille comme une personne à part entière, capable de comprendre ce que sa mère Cyrielle lui dit à propos de ses contraintes, sans qu’elle la prenne pour une adulte. L’entreprise, qui a toujours la forme d’un pari, est propre à notre société : envisager une enfant comme un être en construction est en effet le résultat de cette enquête sur fond de comédie sociale. Fitoussi en retrace ici les étapes et interroge le regard que l’adulte (Émilie Dequenne) se pose sur son enfant (Jeanne Jestin). Qu’est-ce qu’une jeune fille doit savoir ? Qu’est-ce qui la concerne et ne la concerne pas ? Comment l’écouter avant de lui répondre ?

Marc Fitoussi montre ce que peut être une parole « à hauteur d’enfant ». Cette parole ne prend pas Anouk pour sa mère Cyrielle, mais elle se révèle comme une expérience amusante, enrichissante et marquante pour ces deux personnes. C’est alors une expérience qui tire gentiment la sonnette d’alarme, estimant que la santé des clients et des salariés au sein des entreprises est menacée par une politique de management inadéquate.

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