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Loving, critique

Guillaume Blet 0

C’est dans l’obscurité que tout commence. Vous dormez avec votre femme et le shérif débarque en pleine nuit à votre domicile. Aveuglé par la lumière de sa lampe torche, vous êtes arrêté puis placé en garde à vue. Si ce qui précède devait vous arriver, ce serait pour vous un terrible cauchemar. Pour Richard et Mildred Loving, c’est ce qui leur est arrivé en juin 1958. Leur crime n’était pas celui d’avoir commis un vol, mais celui de s’aimer et de s’unir au sein d’une Amérique, marquée par son passé misogyne et raciste…

Après Take Shelter, Mud et Midnight Special, Jeff Nichols, soutenu par la documentariste Nancy Buirski, prouve une nouvelle fois qu’il est sensible à l’égard de personnes de nationalités opposées au sein d’une union ordinaire. Ici, il prend appui sur le documentaire The Loving Story, regorgeant d’images d’archive intimes, pour mettre en scène une romance singulièrement sobre et pudique entre une femme noire et un homme blanc. Ils s’aiment et vivent une belle histoire au milieu des années 1960, pendant que de nombreuses personnes ne voient pas leur relation d’un bon œil, persuadées qu’elle gêne l’Amérique.

À la fois discret et réservé, Joël Edgerton est Richard Loving. C’est un homme qui aime Ruth Negga en Mildred, une femme sage au sens de l’observation affûtée. Tous deux crèvent l’écran, par leur discrétion, leur perspicacité, leur sincérité. Jusqu’au jour où leur amour est mis à rude épreuve et perçu par l’État de Virginie comme une violation de la loi interdisant les relations entre personnes de races différentes (Racial Integrity Act de 1924). Pour la défense de son couple avec Mildred, Richard déclare « nous ne dérangeons personne » face à l’intimidant shérif Brooks (Marton Csokas) qui profite de sa loi absurde, pour l’inciter à divorcer, sous peine de prison.

Lorsque l’avocat Bernie Cohen (Nick Kroll), impliqué dans l’Union américaine pour les libertés civiles, s’aperçoit que l’histoire du couple Loving ne dépend que de la perception du public et de l’évolution des mœurs, il décide de les aider à faire reconnaître leurs droits civiques. Michael Shannon apparaît comme le photographe attitré de Life qui est venu romancer le quotidien réel des Loving. Le 18 mars 1966, le public découvre alors les images emblématiques d’un couple de couleurs ordinaire qui s’aime tout en éduquant ses enfants. De la meilleure des manières qui soit.

Le 10 avril 1967, la décision de la Cour suprême des États-Unis s’empare du dossier des Loving, mené tambour battant par Bernie Cohen, et considère, à l’unanimité, la loi de 1924 comme inconstitutionnelle, mettant fin à toutes les lois de miscégénation dans l’État de Virginie.

Au cœur d’une histoire d’amour pudique et singulière, le directeur de la photographie, Adam Stone, retranscrit sur une période de 10 ans la période du couple de la meilleure des manières qui soit. D’une grande finesse d’esprit, Jeff Nichols se sert du travail de Adam Stone pour sublimer la romance des Loving sans que l’affaire juridico-raciale vienne ternir leur image discrète et pudique. Cela ne signifie pas qu’on ne ressent pas la tension au travers des personnes connaissant le couple, bien au contraire, on est là avec elles du début à la fin. La complexité de cette affaire n’est finalement rien face à ce que Richard et Mildred Loving ressentent au fond d’eux-mêmes. Elle ne se résume qu’au travers des paroles de l’épouse : « il a pris soin de moi ». Ce sont des paroles qui symbolisent la puissance d’un amour difficile, mais authentique et marquant pour les États-Unis d’Amérique qui fut contraint de revoir sa Constitution. Cet amour, portant le nom Loving, est une belle et émouvante révolution en matière de droits civiques de tout un chacun, quelles que soient les origines raciales. L’amour peut enfin transcender la misogynie et le racisme. Enfin.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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