Critique : L'outsider, un film de Christophe Barratier - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

L’outsider, critique

0

Grimées d’un bleu argenté, les tours jumelles de la Société Générale reflètent le ciel. À leurs pieds, il y a un homme microscopique écrasé par d’immenses gratte-ciels vers lesquelles s’élève son regard…

Filmée de dos ou de loin, cette silhouette masculine vient d’être congédiée pour faute. Après avoir récupéré ses biens à son bureau et les avoir déposés au pied d’une benne à ordures qu’il escalade pour se mesurer aux tours, Jérôme Kerviel saute dans le vide. Cet avant-propos met en avant le risque qui pèse sur les petits porteurs et les « traders » du macrocosme de la haute-finance. Tout maitre qui parvient à s’élever dans cet univers impitoyable, réclame des sacrifices humains pour prix de ses services.

De son ascension à sa malheureuse chute, Christophe Barratier nous entraine dans le microcosme de Jérôme Kerviel (Arthur Dupont) au sein d’une impitoyable banque d’affaires. Barratier nous fait découvrir « l’open space » dans lequel Kerviel officiait depuis des années. Un endroit austère où les injures et les provocations impertinentes fusent aussi vite que les sommes faramineuses qui défilaient sur chaque écran. Si l’endroit est à ce point hostile, l’ambiance de travail n’est guère mieux. Entre certains qui pianotent à toute vitesse sur leurs claviers et d’autres qui hurlent ou stressent à mort, rien n’est rassurant. Et, au-delà de la restitution survoltée de cette ambiance sournoisement alarmante, c’est l’histoire d’un seul et même homme qui se retrouve broyé sans que personne s’élève face à un système injuste.

À la différence d’un Margin Call auquel on peut reprocher la puissante fascination de « traders », L’Outsider souligne la bassesse des hommes, la déloyauté, la folie d’un monde économique et les mensonges qui réussissent à fléchir un pays. Ce contraste inquiétant s’établit avec Carré blanc qui illustrait la froideur d’une société rangée d’immeubles lisses et réfléchissants, où l’homme n’avait pas d’autres choix que de s’y perdre. Dans des tons glaciaux, Arthur Dupont, au costume gris et rivé sur ses écrans, est constamment absorbé par cette froideur. Se dessine ici un microcosme paralysant qui permet à Christophe Barratier de saisir les comportements bestiaux que la plupart des « traders » ont besoin d’adopter pour se hisser à la première place, lors de scènes charnelles et débridées.

Cette ambition démesurée, cette énergie folle et cette folie des chiffres font la richesse de L’Outsider. Le film de Christophe Barratier est à la fois une comédie paradoxale (des institutions bancaires n’ont pas anticipé la crise de 2008, alors qu’elles avaient les compétences pour l’atténuer), un drame (un « trader » est injustement accusé) et un thriller haletant (jusqu’où le système financier peut-il aller sans détruire des vies ?). Ce mélange des genres donne une dimension ultra-réaliste à l’univers fade et malhonnête du « trading » tout en montrant à quel point l’homme est ridicule face à des immenses gratte-ciels.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...