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Libre et assoupi, critique

Guillaume Blet 0

Analysée par les médias depuis Tanguy, dans lequel André Dussollier et Sabine Azéma finissaient par vouer une tendre haine envers leur fils de trente ans qui habitait encore chez eux, la « génération Y » semble arriver à maturité et devient presque omniprésente au cinéma. Après Situation Amoureuse : C’est compliqué de Manu Payet, Libre et assoupi confirme la tendance d’un nouveau genre de comédie à la fois drôle et originale dans lequel tous les jeunes peuvent s’identifier…

Tiré du roman éponyme de Romain Monnery, le premier film de Benjamin Guedj est une comédie ancrée dans la réalité sociétale où des jeunes galèrent à trouver leur premier emploi et un logement décent à la sortie de l’université. Sur fond de constat alarmant, Guedj narre l’histoire de Sébastien (Baptiste Lecaplain) qui, malgré dix années de formation, cultive l’art de la paresse. N’ayant aucune ambition dans la vie, Sébastien ne cesse de contempler la sienne pendant que les autres travaillent. Sa manière à lui souligner que la société donne plus d’importance au travail qu’à l’homme. Son dernier diplôme en poche, Sébastien fait néanmoins plaisir à ses parents (Jean-Yves Berteloot et Isabelle Candelier) et s’installe en collocation avec Anna (Charlotte Le Bon) et Bruno (Félix Moati) à Paris. Ces deux derniers ne possèdent guère le choix que d’accepter des stages bidons pour survivre. Arriveront-t-il à motiver Sébastien à faire pareil, même si ce genre de travail est considéré par Bruno comme la version moderne de l’esclavage ?

En s’inspirant dans la lignée de L’auberge espagnole, des Poupées russes et de Casse-tête chinois, le réalisateur Benjamin Guedj montre ici toute la complexité de la vie et l’incapacité de notre société à trouver une solution à la montée du chômage. Son récit, une succession de petites répliques amusantes et de dialogues aiguisés, semble se poser une question évidente : « Peut-on vivre sans travailler ? » Alors qu’Anna et Bruno sont persuadés que non, Sébastien continue à croire le contraire.

Libre et assoupi est un film poétique et fantaisiste accompagné d’une belle composition de Mathieu Lamboley et emmené par l’humoriste Baptiste Lecaplain qui, après avoir joué un second rôle dans Nous York, incarne Sébastien, lunaire, oisif, mais attachant et bourré de répartie. La talentueuse Charlotte Le Bon est encore plus craquante que d’habitude dans la peau d’Anna. Son personnage apparaît amusant et devient émouvant lorsqu’elle se retrouve face à l’homme qu’elle aime secrètement depuis des années. Un peu plus en retrait, Félix Moati ne démérite pas dans son rôle de slipiste et complète efficacement la bande, au point de décrocher un prix d’interprétation au festival de l’Alpe d’Huez. Denis Podalydès en conseiller R.S.A est totalement délirant.

Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, Benjamin Guedj porte un regard critique sur la société qui sur-évalue le travail tout en évoquant la liberté, le sens de la vie, le bonheur. C’est un film plein d’humour, porté par un excellent trio d’acteurs avec lequel on aimerait bien partager une colocation.

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