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L’humour à mort, critique

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Il est très difficile d’émettre une critique sur ce qui s’est passé chez Charlie Hebdo entre le 7 janvier et le 9 janvier 2015, comme s’il s’agissait d’une fiction. Et, pourtant, nous le faisons pour rendre hommage à des bons vivants qui furent assassinés sans raison…

Emmanuel Leconte et Daniel Leconte s’intéressent aux survivants pour les laisser s’exprimer sur ce qu’ils ont vécu. Des paroles sincères et touchantes qui ne vont laisser personne dans l’indifférence générale. Ce sont ces paroles qui renvoient à des moments vrais, mais tristes où Coco, au bord des larmes, raconte comment elle fut contrainte de faire rentrer des barbares armés jusqu’aux dents et de les amener dans la salle de rédaction. Eric Portheault, directeur financier de Charlie Hebdo, couché par terre et protégé par sa chienne, n’ose pas imaginer ce que ses amis endurent. Lorsque Portheault découvre le massacre, il pleure la mort des défunts.

À la tête de Charlie Hebdo pendant plus de vingt ans, Philippe Val, sous le choc, se remémore des moments passés avec Cabu. À Saint-Sernin et à Toulouse, un instituteur et ses écoliers les avaient reconnus et ils s’étaient précipités vers eux pour leur dessiner des portraits. En mentionnant ce souvenir, Val fait référence à Giotto et à Saint François qui ne cessaient de parler aux oiseaux. Évidemment, à l’heure d’aujourd’hui, la révolte gronde dans notre démocratie, mais nous devons garder en mémoire l’image d’une presse française capable de dessiner et de s’émerveiller devant les plus belles choses : les enfants et leurs innocences. S’ils dérangeaient parfois avec leurs humours grinçants, Cabu et ses amis n’ont jamais reculé devant l’adversité. Leurs travaux vont rester le seul moyen pour dénoncer toutes les formes d’injustices et permettre à ceux qui restent d’imaginer la suite. Avec audace et humour. Parce qu’il est important de montrer à ces barbares arriérés et incapables d’avoir le sens de l’ironie qu’il va y avoir toujours quelqu’un pour continuer le travail de ceux qui sont morts pour la liberté d’expression.

Si Cabu et ses amis avaient provoqué tant de haines et de manifestations avec cette caricature : « C’est dur d’être aimé par des cons », ils peuvent compter sur Soufiane Zitouni, un enseignant en philosophie au lycée privé musulman Averroès à Lille pendant les attentats, qui cite le message le plus édifiant du film : « le prophète exprime à ses compagnons sa crainte pour l’avenir d’avoir à corriger (…) certains membres de la Communauté ». Après avoir entendu Coco, Éric Portheault, Philippe Val et Soufiane Zitouni, la famille Leconte s’adresse à une femme de lettres. Ainsi, Élisabeth Badinter illumine le film de son intelligence clairvoyante. Et nous fait sérieusement réfléchir sur la question de la place de l’Islam et de nos libertés attaquées.

Au-delà de cette réflexion et du slogan « Je suis Charlie » que les cinémas ont affiché en guise de soutien aux victimes des attentats et à leurs familles, Les Leconte pointent l’absence de courage des quotidiens de presse, à l’exception de France-Soir et de L’Express, au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet. Ils reviennent sur la position délicate de certains musulmans radicalisés installés en France tout en terminant leur film sur des archives. Ces dernières font passer Bernard Maris, Bernard Verlhac, Cabu, Charb, Elsa Cayat, Georges Wolinski, Michel Renaud, Mustapha Ourad et Philippe Honoré comme des bons vivants et de vrais professionnels de l’information. Entre des apéritifs arrosés, des exercices de karaoké et des papiers quelques peu corrosifs, ces journalistes, toujours de bonne humeur, n’ont jamais manqué de courage et de talent face aux barbares. Leurs sens de l’humour enfantin et leurs joies de vivre étaient leur seul remède pour lutter contre le mal de la société.

Si Bernard Maris, Bernard Verlhac, Cabu, Charb, Elsa Cayat, Georges Wolinski, Michel Renaud, Mustapha Ourad et Philippe Honoré ne sont pas un exemple pour la religion, ils le sont pour l’humanité. Parce qu’ils nous ont laissé un formidable héritage que nous devons reprendre. Parce qu’il est également de notre devoir de nous réunir, quelles que soient nos différences, pour défendre notre liberté d’expression et nos valeurs patriotiques.

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