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L’Histoire de l’Amour, critique

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La plus grave et grosse crise qu’on traverse n’est pas liée à l’économie mondiale, mais à cette incapacité d’aimer l’autre. On vit une époque où l’amour de soi triomphe sur « le projet de vie d’avoir la joie et la satisfaction de croire en l’autre, de lui faire du bien ». L’amour aide à survivre ou, plus encore, sans l’amour, on n’est rien, dixit la lettre de Saint Paul aux Corinthiens. Radu Mihaileanu profite de cette interprétation religieuse pour adapter le roman de Nicole Krauss et donner forme à L’Histoire de l’Amour. Cette histoire est le symbole d’un amour perdu, mais authentique qu’il est bon de réanimer, car il est si rare d’en sublimer un de nos jours. Enfin…

Léo Gursky (Derek Jacobi), un juif polonais immigré à la retraite, vit dans le souvenir du grand amour de sa jeunesse. Tour à tour cocasse, grincheux et mélancolique, Léo fait tout son possible pour revoir Alma Mereminski (Gemma Arterton) et son fils Isaac à New York. Pour les retrouver, Léo recherche chez des libraires le manuscrit qu’il leur a envoyés lorsqu’il était coincé en Pologne. Au côté de cette quête acharnée, Léo s’occupe, il pose nu pour des étudiants en art contemporain et prend un café dans le quartier chinois où il vit. Là-bas, Léo y croise son ami Bruno (Elliott Gould) pour bavarder sur l’avenir, mais leurs discussions sont souvent houleuses. Et, pourtant, Léo est contraint de s’adapter à sa présence tout en le cernant davantage pour l’aider à retrouver son ouvrage et Alma Mereminski.

Au-delà de leur amitié et de l’ouvrage, Léo se souvient de ce qu’il était autrefois pendant la Seconde Guerre mondiale : un jeune homme (Mark Rendall) plein de fougue et de vie. Avec la femme la plus aimée qui en faisait fantasmer plus d’un, en particulier Bruno (Corneliu Ulici), il était heureux. Jusqu’à que l’Holocauste ne les sépare. Alma Mereminski devait s’exiler aux États-Unis et Léo lui avait fait la promesse de lui adresser chaque semaine un chapitre de son manuscrit, en guise de preuve d’amour.

De retour à New York, il y a Alma Singer (Sophie Nélisse). Âgée seulement de 14 ans et rebelle, elle essaie de s’émanciper, de vivre comme tous les adolescents de son âge, loin de la technologie qu’ils utilisent et qu’elle estime comme le mal du siècle, réduisant l’Amour à un sentiment frivole. Depuis le départ de son père, et perdu dans ses sentiments, Alma délaisse son copain Misha (Alex Ozerov) pour présenter à sa mère Charlotte (Torri Higginson) un mystérieux auteur. Ce dernier lui demande de traduire un ouvrage et le publier sous le nom de Léo Gursky. Porté par William Ainscough, Bird Singer, le frère cadet d’Alma Singer, pense qu’il est le Messie ou, du moins, porte en lui la souffrance du monde selon une ancienne tradition juive.

L’Histoire de l’Amour est un véritable puzzle parfaitement reconstitué et sublimé par Radu Mihaileanu, mettant en lumière deux belles histoires en parallèle : celle du désespéré Léo en quête de son Alma et celle de l’adolescente Alma plongée dans une aventure émouvante, oscillant entre le XXe et le XXIe siècle. C’est en encourageant sa mère Charlotte à s’intéresser au manuscrit qu’elle découvre un lien entre Léo et l’auteur au travers d’un dénommé Bruno. Pourquoi ce romancier s’est-il adressé à l’adolescente Alma ? Pourquoi cherche-t-il à republier un ouvrage ? Le prénom de la jeune Alma est-il pour lui une piste, susceptible de remonter à un passé déchirant le liant à Léo ? Alma Singer pleine de fougue et de vie, décide de pousser plus loin son enquête et de laisser tout un tas d’indices à Léo, l’incitant à découvrir la vérité sur le manuscrit qu’il recherche depuis des années. Derrière l’ouvrage se cache une histoire d’amour forte entre deux amants qui se sont aimés, mais aussi des liens entre deux générations opposées. Peu à peu, ces deux générations s’apprivoisent puis se rapprochent au sein d’un bouleversant récit de vie. À la fois agacé et soulagé par cette vérité, Léo réussit à retrouver quelques couleurs au contact de l’adolescente Alma à la beauté incandescente. Cette Alma Singer est comme la réincarnation même de son Alma. Cette rencontre entre deux générations n’est pas le fruit du hasard, mais elle est liée à la foi d’un homme qui est resté fidèle à ses convictions, ses engagements tout au long de sa vie, des années.

L’authentique amour d’un homme envers autrui est un sentiment viscéralement puissant. Il est tellement fort, puissant qu’il l’englobe et le transcende. Il est celui qui lui donne le courage d’avancer dignement, d’être en paix, de pardonner, bref d’édifier des ponts, pas des murs, pour aimer, partager l’instant avec son prochain jusqu’à la fin des temps. Parce que l’amour vrai ne se calculera jamais sur des choses futiles, comme la technologie, mais sur de solides convictions. L’Histoire de l’Amour est une sublime ode à l’amour, portée par un casting alternant la joie et la tristesse, soutenue par une musique vibrante.

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