Critique : Les Petits mouchoirs, un film de Guillaume Canet - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Les Petits mouchoirs, critique

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Lors d’un séjour à l’hôpital pour une infection bénigne, Guillaume Canet nous fait une annonce déconcertante. L’homme préfère penser à son petit confort plutôt qu’à son camarade plongé entre la vie et la mort. Et, au-delà de ce triste constat, c’est le portrait de l’homme dans ce qu’il a de plus fort et fragile qui se dessine sous nos yeux…

Profitant pour faire le point sur sa vie et ses relations amicales, Guillaume Canet déclare n’avoir jamais eu de difficulté à imaginer le scénario des Petits mouchoirs, mettant son vécu et son histoire personnelle dans chacun de ses personnages. Selon lui, notre égocentrisme nous coupe de la société au point de nous pousser à mener une vie solitaire jusqu’à nous éteindre à petit feu. Faudrait-il encore que nous décidions de ne plus satisfaire nos égos et de penser un peu aux autres pour que nous vivions normalement ?

De ce préambule préoccupant, Guillaume Canet raconte l’histoire de Max, Marie, Vincent, Éric, Ludo et Antoine, des copains d’enfance de longue date. Lorsque l’un d’entre eux est victime d’un grave accident de moto, ils décident de partir au Cap Ferret, le laissant seul dans un hôpital parisien. Avec, comme seul moyen de survivre, un respirateur de réanimation et des pompes à nutrition.

Guillaume Canet réussit son film grâce à deux facteurs : la morale de son histoire et sa direction artistique. En premier lieu, il ne s’agit pas pour lui d’altérer la vie de ses protagonistes dont l’un va de mal en pis, au profit d’un collectivisme affectif qui n’aurait pas de sens. Canet mélange l’égocentrisme et la compassion de ses personnages pour mieux renforcer la cohésion entre eux. Si celle-ci parvient à rester intacte, nous pouvons nous poser une question lorsque nous les apercevons s’amuser et s’engueuler : comment font-ils pour rester encore ensemble, alors que chacun a tant de choses à dire à l’autre ? Les amis, acquis ou non, sont malheureusement les premières victimes de nos maladresses et de nos malheurs.

En second lieu, Guillaume Canet attribue les rôles à des acteurs qu’il connait très bien et réussit à obtenir une authenticité éclatante dans les comportements de leurs personnages. François Cluzet interprète le rôle d’un homme à la fois angoissé, exaspéré et stressé par la vie. Avec une solidité et une tendresse inouïes. Benoît Magimel est un père de famille sensible et acculé devant ses penchants homosexuels. Valérie Bonneton et Pascale Arbillot incarnent l’aigreur et de l’hystérie. Gilles Lellouche et Laurent Lafitte ne font que profiter de la vie mensongère de leurs personnages. Marion Cotillard est le symbole de la douceur et de sagesse, loin de l’attitude de ses comparses aussi anxieux qu’excédés. Elle est probablement la plus proche de l’accidenté. Tous ces amis forment, malgré tout, une tribu d’individus perdus qui représentent une bonne partie de ce que nous sommes aujourd’hui : des êtres humains qui préfèrent penser qu’à eux plutôt qu’aux autres.

Guillaume Canet confronte ses comparses égoïstes et celui qu’ils ont délaissé pour les contraindre à s’orienter vers une nouvelle voie avant qu’il s’en aille : celle de la bienveillance. La morale est intransigeante, mais pouvons-nous la contredire d’un claquement de doigts ?

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