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Les Grands Esprits, critique

Guillaume Blet 0

Nul n’est personne. Si mener une quête de soi-même semble être vouée à l’échec pour un écolier agité, elle l’est nettement moins pour son enseignant qui lui ouvre la voie du dialogue constructif. Cet écolier parviendra-t-il à ne pas rester fermé dans une résignation stérile en face de l’adversité et à user de ses difficultés pour accéder à une performance : celle où les grands esprits formeraient une seule personne ? Un élève et un professeur peuvent-ils réaliser un exploit en s’unissant et en redonnant des lumières à un système éducatif à bout de souffle ?

Prévoir la tournure critique que prendra le défi d’un agrégé de lettres modernes en lycée huppé à entrer en zone défavorisée est complexe à concevoir, mais possible. Olivier Ayache-Vidal le prouve en s’appuyant sur le talent de ses deux acteurs principaux pour susciter notre intérêt. Et aborder, sous un angle nouveau, la pédagogie dans une école, où l’adaptation d’un corps enseignant à l’effort d’apprenants dissipés est mise à rude épreuve. Parmi eux, Denis Podalydès crève l’écran par sa rigueur et son ouverture d’esprit qu’il se distingue vite de ses collègues méritants et usés par des collégiens en grande difficulté scolaire. Au côté du sociétaire de la Comédie-Française, l’élève Abdoulaye Diallo affiche une vulnérabilité gagnante qui augure bien de l’orientation future de sa carrière tourmentée par des professeurs à bout de souffle et une destinée tragique toute tracée. Aucune surprise n’est à remarquer entre Denis Podalydès et Abdoulaye Diallo. De milieux complètement différents, ces deux-là se retrouvent dans la même salle de classe pour partager leur propre expérience de vie. Entre ces deux esprits, un élément de nature raciale et sociale inhérent à une ère disparate les distingue si bien qu’Olivier Ayache-Vidal s’en écarte. Il s’intéresse davantage à la dissection du rôle de l’enseignant et à la pertinence des méthodes pédagogiques appliquées dans un établissement scolaire en profonde mutation.

François Foucault (Denis Podalydès) est ici agrégé de lettres modernes au lycée Henri IV, à Paris, considéré comme une institution les plus exigeantes de France. Après une remarque fortuite, lors d’un dîner avec le cabinet du ministre de l’Éducation nationale, il est contraint d’intégrer une école déchue et difficile de la région parisienne. Les méthodes pédagogiques qu’il a utilisées pour faire cour à une classe d’adolescents attentifs et motivés sont aux antipodes de celles qu’il emploiera avec un groupe de jeunes défavorisés. En se concentrant sur la relation entre François Foucault et l’un d’entre eux, Seydou (Abdoulaye Diallo), Olivier Ayache-Vidal réussit à tenir un débat sur les failles du système éducatif français. Apparait une certaine sympathie pour les enseignants passionnés et surmenés, qui – non seulement – n’ont pas le soutien du rectorat, mais en plus les parents d’élèves les délaissent souvent.

Olivier Ayache-Vidal ne critique nullement les méthodes d’apprentissage et de punition à la fois dépassées, inappropriées et contre-productives. Sans paraitre condescendant ni permissif, il affiche l’enthousiasme et la compréhension du corps enseignant pour le confronter à des problèmes d’intégration majeurs auxquels fait face la jeunesse. C’est à travers le regard d’acteurs chaleureux et frustrés qu’Olivier Ayache-Vidal nous offre matière à réflexion pour ce qui est de l’avenir de l’École de la République, en pleine effervescence.

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