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Les Fantômes d’Ismaël, critique

Guillaume Blet 0

Devant les affres d’une existence qui lui avait échappé, Ismaël a retrouvé ses papiers d’identité. Il la narre en même temps qu’il adapte son roman pour le cinéma, à Noirmoutier. Cette oeuvre, suite de celle qu’il avait racontée il y a quelques années, nous plonge dans les dédales d’une jeunesse emplie d’amertume, de folie, de joie, de mensonges et de souvenirs…

Après avoir dirigé plusieurs fois Mathieu Amalric, Arnaud Desplechin le retrouve et lui propose le rôle d’Ismaël, un cinéaste excentrique devenu mystérieusement veuf. Ismaël vivait autrefois avec sa femme Carlotta (Marion Cotillard) qu’il connait depuis plus de 20 ans. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse sans lui fournir la moindre explication. Aucun corps n’a été retrouvé par les enquêteurs, laissant derrière eux un mari et un père contraints de faire la pire des choses : celle de la déclarer légalement comme une personne décédée.

Contrairement à son beau-père qui revoit de vieilles bobines de Carlotta, Ismaël s’est réfugié dans le travail. D’une imagination débordante, il use de sa plume pour écrire de nouvelles histoires. Cette échappatoire littérature apaise son existence, mais n’est rien face à d’effroyables cauchemars qu’il fait souvent la nuit. Ismaël et son beau-père, toujours aussi proches l’un de l’autre, se posent encore des questions sur la perte de celle qui vient les hanter. Perturbés, ils essayent de percer le mystère de la disparition de cette femme qui ne leur a pas laissés un mot. Le premier traîne sa mélancolie comme un boulet de remords, pendant que l’autre, passant de la bouteille à la plume, et vice-versa, admire le travail de son beau-père, un ancien réalisateur, qui l’inspire.

Après le départ inexpliqué de Carlotta, Ismaël croise le regard de Sylvia (Charlotte Gainsbourg), lors d’une soirée. Tour à tour insupportable et provocante, sa nouvelle amie, une astrophysicienne austère, lui demande de chasser les fantômes de son passé avant d’aller plus loin dans leur relation.

Dans un autre temps, un groupe de diplomates, en pleine pause déjeuner, spécule sur la localisation du frère d’Ismaël, Ivan (Louis Garrel), qui est parti en Europe de l’Est pour le bien d’une mission secrète. Est-il un diplomate ou un usurpateur ? Passant d’une conversation sur cet énigmatique Ivan au parcours d’Ismaël, Arnaud Desplechin nous emmène dans les dédales d’une vie fascinante et trépidante à travers un entretien surréaliste entre ce Ivan, sa rencontre avec l’exotique Arielle (Alba Rohrwacher) et ses supérieurs du ministère des Affaires étrangères.

De retour en France, Ismaël et Sylvia finissent par s’engager dans une relation sérieuse au moment où une dénommée Carlotta réapparaît. C’est un vrai choc pour le couple : l’un au visage pâle est sans voix et l’autre en fait une histoire saugrenue. Cette rencontre fortuite bouleverse si bien leurs modes de vie que des discordances réapparaissent entre eux. Et, au-delà de leurs différends, Arnaud Desplechin nous les présente de façon linéaire. Leurs récits intrigants rebondissent dans le temps et renvoient à la vie d’un seul homme. C’est un homme fantasque, incarné par Mathieu Amalric, qui pourrait autant s’appeler Ismaël qu’Ivan. L’important n’est pas cette identité ambiguë, mais dans la manière dont l’homme se réapproprie sa vie, par le biais de (trois) souvenirs marquants. Dans un tournant flamboyant, Hippolyte Girardot apparaît comme un producteur fatigué. L’adaptation qu’il produit ne serait-elle pas un projet illusoire d’Ismaël avec, dans les rôles-titres, des personnages troublants ?

Arnaud Desplechin aime les jeux de piste et les réflexions sur le sens de la vie. Il suit de près ses comédiens. Jusqu’à les entraîner dans le tunnel du temps, à l’orée d’un tourbillon d’émotions fortes et inespérées. De Mathieu Amalric à Charlotte Gainsbourg, en passant par Marion Cotillard, Louis Garrel et Alba Rohrwacher, chacun joue sur tout une palette de sentiments, oscillant entre l’ambivalence, l’amertume, l’amour, l’effroi, la nostalgie. À eux tous, ils incarnent des personnes ordinaires, en plein tournant dans leurs vies, au sein d’un récit burlesque et tragique.

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