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L’Enquête, critique

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Le dossier Clearstream est l’affaire politico-financière la plus scandaleuse de la Ve République. Elle est aussi une multinationale qui s’est fait connaitre par le journaliste Denis Robert. Parviendra-t-il à cerner les enjeux qui gravitent autour de Clearstream sans subir d’infâmes pressions ?

Dans la foulée de l’Appel de Genève dont l’objectif est de lutter contre les malversations économiques, l’écrivain Denis Robert (Gilles Lellouche), ancien journaliste à Libération, enquête sur Clearstream. Il se rend au Luxembourg et il y rencontre Ernest Backes (Marc Olinger), un des ex-cadres fondateurs de la firme, qui l’oriente vers Régis Hempel (Christian Kmiotek), un mystérieux interlocuteur. Denis Robert parvient à percer quelques éléments suspects, même si les activités les plus sensibles de Clearstream furent effacées. Il s’appuie sur des attestations et des pseudonymes mentionnés dans des extraits de compte pour mettre à rude épreuve l’honnêteté de hauts fonctionnaires français en lien avec Clearstream.

Après deux ans d’enquête, et trois mois avant la publication de son premier ouvrage Révélations, Denis Robert demande des explications à la direction de Clearstream et à ses partenaires bancaires. Aucune réponse ne lui est transmise. Il recoupe les documents avec les témoignages recueillis pour souligner, entre autres, les activités floues (par exemple, les Frégates de Taiwan) de Arnaud Montebourg (Thomas Seraphine), de Dominique de Villepin (Hervé Falloux) et de Vincent Peillon (Laurent d’Olce). Alors qu’il a relayé sa vie familiale au second plan, et qu’il vient de publier Révélations en février 2001, Denis Robert s’est très vite retrouvé dans le collimateur des organes politiques et d’un magistrat intraitable (Charles Berling).

Aussi intransigeant et pugnace que le juge Van Ruymbeke, Denis Robert ne lâche rien face à de redoutables hommes d’État. Sa femme Géraldine (Florence Loiret-Caille) le soutient activement. Il réalise Les Dissimulateurs pour Canal Plus. Les journalistes sont à la fois hostiles et sceptiques devant ce qu’il dénonce et des dirigeants de Clearstream qui s’insurgent. En dépit des accusations lancées contre Denis Robert, Les Dissimulateurs bat des records d’audience. Sous la pression forte des médias, le parquet s’empare des éléments de Denis Robert, allant jusqu’à ouvrir une information judiciaire au Luxembourg. Le président-directeur général de Clearstream et le banquier suisse André Lussi (Germain Wagner) sont démis de leurs postes. Après la reprise de Clearstream par Deutsche Börse, le groupe allemand indemnise les deux hommes et il embauche le redoutable Richard Malka, un des avocats de Charlie Hebdo, pour anéantir Denis Robert.

Même s’il apparait quelque peu fatigué par le déferlement médiatique et politique auquel il est exposé depuis deux ans, Denis Robert fait preuve d’un courage inouï pour affronter les pressions et préserver ses dossiers avant le rachat de Clearstream. Denis Robert publie alors un second ouvrage, La Boîte noire, et signe un second film en janvier 2002. Toujours diffusé par Canal Plus, ce nouveau film est raconté par un ouvrier de chez Daewoo. Cet ouvrier nous dévoile une réalité triste, renforcée par le travail de Denis Robert : celle de la façon illégale dont ces hauts fonctionnaires se sont servis de Clearstream et du Luxembourg pour clôturer des usines et fermer les yeux sur les délocalisations injustifiées.

De ses ouvrages à ses films, accusant des hommes d’État d’avoir détourné des deniers publics au détriment de salariés, en passant par une soixante de procédures judiciaires, Denis Robert sera-t-il blanchi dix ans après un combat haletant et intense ? À travers les points de vue de Gilles Lellouche qui l’incarne, et de ses partenaires, Vincent Garenq nous propose une réflexion sur le mécanisme du pouvoir, remettant en cause l’intégrité de hauts fonctionnaires face à des journalistes soucieux de leur éthique professionnelle.

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