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L’économie du couple, critique

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Avant, on savait dialoguer avec l’autre pour maintenir à flot sa relation de couple. Aujourd’hui, on ne sait plus communiquer et l’on finit par le faire souffrir autant que les enfants. Le constat est triste et Joachim Lafosse, auteur de A perdre la raison, en profite pour analyser comment l’amour au sein d’un couple moderne ne veut plus rien dire à ce jour (ou presque). L’amour et les sentiments ainsi que les valeurs de l’échange, de l’entraide et du partage, peuvent-ils s’acheter au détriment de ceux qu’on a vus naitre ?

Adepte d’un cinéma sensoriel et réaliste, et avec l’aide de Mazarine Pingeot, Joachim Lafosse filme avec authenticité la vie d’une famille telle qu’elle est de nos jours : difficile et sans détour. Le rôle entre l’épouse et l’époux sont génialement inversés par rapport à ceux de la vie réelle : Marie travaille. Elle souhaite divorcer et récupérer la maison, pendant que Boris qui peine à trouver un travail s’occupe de leurs filles. Ce sont deux personnes qui s’aiment, mais qui veulent se séparer après 15 ans de vie de commune. Cette séparation douce-amère évoque des sujets classiques : la garde des enfants ainsi que le rapport aux sous et aux amis communs. Ce qui permet de cerner les enjeux, lors des scènes familiales parfois fortes, souvent justes. L’approche très fine et progressive du film conduit les deux conjoints en pleine crise vers une issue politique : celle de l’économie d’un couple, ou l’un évoque à l’autre la part de son travail dans le capital de la famille.

Pourquoi l’homme qui a rénové la maison conjugale avec amour et sueur ne mérite-t-il pas la moitié de l’héritage de la femme ? L’amour et le couple devraient-ils être confondus avec le capitalisme ? Les parents répondent bien à la question, mais les enfants qui font face à leur désamour répondent encore mieux.

Totalement investis dans leurs rôles, les acteurs ne font pas dans la demi-mesure. Bérénice Bejo et Cédric Kahn, le regard fuyant et le visage fermé, rendent sans s’en apercevoir la vie impossible à leurs deux petites filles. Victimes de la situation de ceux qui jouent leurs parents, Margaux et Jade Soentjens sont parfaites. Toutes deux complices, elles sont le fruit d’un amour abîmé, mais authentique, et elles vont employer la manière forte pour leur faire comprendre. La direction artistique des fillettes qui fut assurée par le couple fonctionne à merveille. Alors que les jumelles commencent leurs carrières avec ce film, deux autres visages plus familiers viennent faire leur apparition : Catherine Salée et Marthe Keller s’invitent à la table du couple pour apporter leur petite touche de subtilité à leur récit. Durs et touchants, ces moments de vie vont savoir cueillir certains en quête d’authenticité. Et leur permettre de repenser à ce qu’étaient les valeurs d’un couple d’après-guerres face à l’adversité.

Loin d’être une comédie, L’économie du couple est une tragédie portée par Bérénice Bejo et Cédric Kahn, deux tragédiens aux talents indéniables. L’angle proposé par les deux comédiens laisse place à toutes les interprétations possibles. On ne sait que peu de choses du récit de leurs personnages. On ne voit qu’une photographie de leurs vies et les moyens dont ils disposent pour y faire face. Les épreuves qu’ils traversent ne peuvent que nous interpeller. Passant de la gêne au rire, Bérénice Bejo et Cédric Kahn nous posent des questions essentielles, mais fondamentales à la pérennité d’un couple moderne : quel comportement doit-on adopter pour ne pas faire souffrir nos enfants ? Doit-on divorcer à chaque différend ? Adopter des techniques de communication et suivre des thérapies de couple ne sont-elles pas mieux à faire plutôt que de faire souffrir son conjoint et ses enfants ? L’amour et les valeurs sociales liées au « vivre-ensemble » peuvent-ils s’acheter au détriment de ceux qu’on chérit plus que tout ?

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