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Le Sens de la fête, critique

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Après Intouchables et Samba qu’ils avaient réalisés en 2011 et en 2014, Éric Toledano et Olivier Nakache nous présentent Le Sens de la fête. Comme toujours, ils combinent à merveille la cocasserie et la tragédie autour de problèmes sociétaux. Cette fois-ci, ce n’est plus le handicap qu’ils abordent, mais celui du sens de la communication entre personnes opposées au milieu d’un hors-d’oeuvre festif…

Au lieu de nous servir des buffets gargantuesques, Éric Toledano et Olivier Nakache s’autorisent une petite pause gourmande et nous plongent dans les coulisses d’un mariage aussi chaleureux que folklorique. Le chef d’orchestre, Max (Jean-Pierre Bacri), est une nouvelle fois sur le qui-vive. Depuis des années qu’ils en concoctent, Max est impatient de préparer celui de Pierre (Benjamin Lavernhe), même si ce dernier le contrarie. Ses proches, en particulier Josiane (Suzanne Clément), lui rappellent qu’il est temps de laisser la chance à Adèle (Eye Haidara), une jeune femme désordonnée, mais pleine d’entrain, de prendre sa place. Max est intraitable et refuse d’être relayé au second plan. Pour son dernier ou nouveau mariage, il compte mettre les petits plats dans les grands et transformer un château en un festival de nature ludique.

Éric Toledano et Olivier Nakache prennent appui sur la comédie Un mariage, réalisée en 1978 par Robert Altman, pour filmer un mariage chic, élégant et sobre, au coeur d’un somptueux château du XVIIe siècle. Ils y introduisent une galerie de personnages hauts en couleur qui mettent à rude épreuve la patience de Max et qui l’emportent dans un tourbillon de bonheur, fait d’animosité et de cordialité. Josiane le met dans l’embarras en recourant à la légèreté et aux provocations. Adèle ne cesse de plaisanter à chaque fois qu’elle croise Max qui, lui, s’efforce d’être présent sur tous les fronts. James (Gilles Lellouche) est un artiste colérique et fantaisiste qui ne correspond pas à la description de Pierre : « chic, élégant et sobre ». Le photographe Guy (Jean-Paul Rouve), quant à lui, n’est pas l’homme qu’il prétend être.

Au fil de la journée, différents événements se succèdent. La nature en apparence lisse de l’équipe organisatrice et des convives se débride. Elle laisse peu à peu place à leur réelle personnalité aussi futile que prétentieuse. Max court partout. Entre l’exigence de son client, les imprévus, les conflits dans son équipe et les visites surprises, Max n’est pas au bout de ses surprises. Face à ce mélange de gaieté et de morosité qui envahissent le château, il parvient à se distinguer. Max se révèle comme un chef d’orchestre raffiné. À aucun moment, il ne baisse les bras et Jean-Pierre Bacri qui l’incarne offre une performance mémorable. Ce tour de force ne trahit pas un soupçon de folie décorée d’humour et saupoudrée d’humilité. L’ancien compagnon d’Agnès Jaoui crève l’écran, par sa finesse, sa sobriété, et il met en lumière le personnel de la classe ouvrière qui travaille sans relâche pour répondre aux caprices de clients exigeants.

Éric Toledano et Olivier Nakache dressent le portrait vertigineux de la lutte des classes sociale dans l’univers mondain de la restauration française. Avec des situations cocasses et embarrassantes, et un sens de l’humour affûté, ils observent la manière dont leur chef d’orchestre traite les femmes dans sa vie et ses employés. C’est sous cet angle-là que ce portrait trouve un véritable sens. Toledano et Nakache nous offrent des modèles diversifiés, illustrant le multiculturalisme d’une France moderne, où les uns et les autres essaient de maintenir les bulles dans leur flûte. Alban Ivanov, Eye Haidara, Gilles Lellouche Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Suzanne Clément et Vincent Macaigne forment ainsi un pétillant « melting-pot » au sein d’une comédie chaleureuse et hilarante.

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