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Le Rire de ma mère, critique

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Anxieux et timide, Adrien exprime quelques difficultés pour s’intégrer à son environnement scolaire. Il passe la majorité de son temps entre sa mère et son père depuis leur séparation. Des liens indéfectibles et forts se tissent entre eux jusqu’à l’apparition d’une terrible nouvelle. S’il souhaite préserver leur fragile équilibre, le jeune garçon, qui connait alors ses premiers émois amoureux, n’aura pas d’autres choix que de se prendre en main et de se construire au contact de camarades qui le rassurent et qui le perturbent…

Soutenus par l’auteure du Ciel Attendra et des Héritiers, Marie-Castille Mention-Schaar, Colombe Savignac et Pascal Ralite passent pour la toute première fois derrière la caméra. Ils nous emmènent dans les méandres de l’enfance et confrontent la prépuberté aux affres du monde adulte. L’histoire simple d’un jeune garçon tourmenté par la maladie d’un de ses parents nous touche par sa générosité et sa sincérité. Igor Van Dessel nous conte cette histoire par son regard d’enfant. L’enfant qu’il incarne compose avec les aléas de la vie, allant jusqu’à se faire violence pour gagner en confiance et vaincre ses appréhensions. Avec l’assurance de son père (Pascal Demolon) et la bienveillance d’une belle-mère discrète (Sabrina Seyvecou), Salome Larouquie lui ouvre la voie de l’épanouissement. C’est en l’initiant à la scène qu’il retrouvera dans l’oiseau bleu qui l’épie du balcon son envol et le sourire d’une mère malade (Suzanne Clément). Aux côtés de partenaires expérimentés, Igor Van Dessel et Salome Larouquie, qui interprètent ces deux enfants, évoquent au fil d’une aventure subtile l’adolescence et l’enfance dans ce qu’elles ont de plus courageux, douloureux, fragile et sensible.

Autour de ce motif universel, Colombe Savignac et Pascal Ralite mélangent légèreté et gravité dans le récit lyrique et raffiné de ces deux jeunes enfants. Grâce à la perception de ces derniers, ils interrogent pertinemment le thème de la filiation et du couple, la place de chacun au coeur d’une famille, les premiers émois amoureux et les obstacles qui s’opposent au bon développement social d’un enfant. N’éludant pas le tragique des situations face à une fraternité divisée et fragilisée, Colombe Savignac et Pascal Ralite invoquent délicatement le sujet critique de la maladie sans jamais jouer la carte du pathétisme ni celle du misérabilisme. À l’aide de la pudeur de leurs acteurs, des plus chétifs aux plus durs et intrépides, leur récit s’oriente vaillamment vers la vie, dévoilant avec une grande finesse du regard les vertus de la prépuberté sur la reconstruction d’une fratrie.

Suzanne Clément, la muse de Xavier Dolan, vue récemment dans Le Sens de la fête, apparait comme une femme ardente, bouleversante, forte et solaire, malgré le thème de la maladie. La comédienne québécoise apporte une immense intensité à la dame qu’elle incarne. Face à elle, Igor Van Dessel est un jeune interprète aussi distingué que Salome Larouquie. Sabrina Seyvecou est une femme discrète et partagée entre la compassion et la souffrance. Pascal Demolon, quant à lui, s’impose dans un rôle plus grave qu’à l’accoutumée (Baby Phone, Five, Radiostars). De leur union, leurs bienfaisances et leurs énergies rendent les pires choses de la vie douces et nous communiquent un véritable désir de vivre.

Colombe Savignac et Pascal Ralite réussissent leur pari : celui de poser un regard léger sur un sujet sérieux tout en signant une émouvante histoire d’amour filiale et fraternelle. Tour à tour enjouée et sérieuse, cette histoire simple, portée par une distribution juste et sincère, nous réchauffe le coeur.

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