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Le Goût du tapis rouge, critique

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Après que Alexandru Belc (Cinéma, Mon Amour) nous a fait redécouvrir le cinéma d’antan à la fois magique et mystérieux, Olivier Servais fait de même en nous emmenant dans un autre endroit tout aussi symbolique que la Roumanie : la Croisette. Pour cette tranquille petite ville, c’est l’occasion de basculer dans la folie d’un autre monde, un monde magique et merveilleux, où la réalité et le rêve se confondent…

À cette période de l’année, la petite ville de Cannes est en pleine effervescence. Elle s’apprête à défiler le célèbre tapis rouge de la Croisette. Les passionnés du monde artistique qui y sont s’illuminent devant tant de belles choses. Pour eux, c’est un merveilleux rêve qui les propulse sur le devant de la scène. Aveuglés par la lumière, ils s’appellent Big (et) Mac, ils cumulent film sur film au milieu des écrans et des foules. Le soir, ils vivent au rythme des bobines, des soirées Finley, transformant leur vie banale en un joli petit rayon de soleil avant le retour à la réalité.

Toutes les personnes, de la plus modeste à la plus hystérique, essaient de se frayer un chemin sur cette avenue happée par le luxe. Se déroule sous nos yeux ébahis un dialogue imaginaire entre ces personnes et le boulevard de la Croisette. Qu’elle soit artiste de rue, blogueur, comédien, exploitant, journaliste ou photographe, chacun est prêt à tout pour conquérir un peu de liberté. Et desserrer la contrainte des interdits au sein d’une nouvelle vie facile. En réalité, ils sont plongés dans un monde utopique, saturé d’écrans et de symboles, qu’ils inventent pour masquer la morosité ambiante de leur quotidien. Certains en profitent même pour se montrer comme de vrais professionnels. Cette notoriété ne fait que cacher une tout autre réalité : celle où l’homme confond rêve et réalité, loisir et travail.

Le rêve, la réalité, ce sont deux mondes à part. Et pourtant, derrière les paillettes de l’un se cache la dureté de l’autre dans un microcosme où les barrières et les hiérarchies sociales existent. Et où nous occupons la place qui nous est assignée. Mais, avons-nous pensé au sens de l’éducation avant de monter à Cannes ? Pourquoi devons-nous accéder à ces belles choses et bousculer nos certitudes ? Pour qui le faisons-nous ? Pourquoi sommes-nous en compétition les uns et les autres ? Sommes-nous en train de regarder une émission de télé-réalité sur la société de demain ? Le cinéma, qui fut un lieu récréatif, serait-il devenu un monde mercantile, nous faisant vivre dans l’excès ? Une façon plus modeste de partager, de s’épanouir et de vivre une passion existerait-elle (encore) à nos jours ? Notre capacité à résoudre cette ultime question ne dépend que de nous et de notre liberté d’agir, car on a tous en chacun de nous une révolution permanente pour vivre noblement et passionnément. Il ne nous reste plus qu’à briller au soleil, tout en finesse.

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