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Le Fondateur, critique

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D’après la vie de Ray Kroc, Le Fondateur retrace la vie de cet homme d’affaires devenu le milliardaire du hamburger en rachetant en 1961 la chaîne McDonald’s aux deux frères Richard et Maurice McDonald. L’auteur de Dans l’ombre de Mary, John Lee Hancock, nous offre à travers ce rachat un point de vue convaincant sur la façon abjecte dont l’homme a détourné un bien à fort potentiel pour s’enrichir…

En 1954, le commercial Ray Kroc rencontre Richard et Maurice, alias Dick et Mac, les propriétaires du premier restaurant McDonald’s en Californie. Fasciné par le concept et le potentiel des deux frères, Kroc leur propose de franchiser leur restaurant dans tout le pays. Une démarche qui va lui permettre de mieux le contrôler et bâtir l’empire que nous connaissons aujourd’hui.

Après s’être fait remarquer dans Birdman et Spotlight, Michael Keaton n’arrête plus de voler la vedette à ses collègues. Cette fois-ci, ce ne sont plus des acteurs de théâtre ou des journalistes, mais deux pionniers de la restauration. Les burgers grésillent au fur et à mesure de la montée en puissance de Ray Kroc qu’il interprète. Il est un homme calculateur et caractériel, euphorisant et magnétique, prêt à tout pour en croquer un au sein d’une Amérique idéale aux parcours à succès. Cette Amérique est si idéale qu’elle permet à l’acteur de nous montrer comment l’ambition de son personnage n’avait aucune limite pour réussir. Kroc a d’abord exploité puis détruit la vie des frères McDonald pour le bien de son ego. Il a fait de même avec sa femme Ethel (Laura Dern) qu’il a quittée pour vivre avec une jeunette. Ray Kroc a peut-être révolutionné le marché de la restauration, mais il n’en demeure pas moins un bonimenteur.

Les frères McDonald sont joués par Nick Offerman et John Carroll Lynch. Ils sont pragmatiques. Ils se raccrochent souvent à leurs attitudes mesurées et à leurs principes qu’ils en oublient l’appétence de Ray Kroc. Si leurs lucidités et leurs sobriétés les aident à avancer, à rester des hommes dignes et intègres, elles n’en restent pas moins des comportements inutiles lorsqu’ils font face à Kroc.

Les années 1950 sont bien restituées par John Lee Hancock qui nous offre un regard pertinent sur la manière dont un homme s’est emparé d’un petit restaurant en un empire mondial de restauration. Il est aussi fascinant de voir comment une simple idée conceptuelle a changé le monde culinaire. Cependant, nous ne sommes pas très à l’aise avec cette idée qu’un vendeur mette à mal la vie d’autrui en lui volant son exploitation et son patronyme.

Avec l’histoire des deux frères McDonald qui n’est pas sans rappeler celle de Mark Zuckerberg, nous naviguons dans les eaux troubles du capitalisme moderne, où l’ambition a écrasé les principes moraux des hommes. Et où tout s’achète comme si de rien n’était. Michael Keaton en fondateur semble être un grand bâtard et représente les grands patrons capables de tout pour transformer une petite société en un empire international de plusieurs milliards de dollars. La facture est si salée pour les frères McDonald qu’elle ne nous donne pas envie de manger chez McDo. Probablement parce que nous songeons à renvoyer à Ray Croc la monnaie de sa pièce de la plus belle des manières qui soit.

En somme, il faut voir le film de John Lee Hancock comme une véritable mise en garde pour ceux qui cherchent à créer leurs sociétés aux concepts novateurs. Et qui veulent expliquer à leurs amis qu’il est mauvais de manger gras et salé.

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