Critique : Le Fils de Jean, un film de Philippe Lioret - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Le Fils de Jean, critique

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L’ouvrage de Jean-Paul Dubois, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, est une formidable source d’inspiration pour Philippe Lioret. En l’adaptant, ce dernier met en scène un homme qui part à la recherche de ses origines et fait de l’histoire de son héros une quête émouvante et sensible…

Divorcé de sa femme et père d’un garçon, Mathieu (Pierre Deladonchamps), un jeune cadre commercial, vient de recevoir un coup de téléphone. Il décroche et il tombe sur Pierre (Gabriel Arcand) qui lui apprend que son père Jean qu’il n’a jamais connu est décédé d’un infarctus lors d’une séance de pêche. Dans le même temps, Mathieu découvre avec stupéfaction que Jean avait deux autres fils : Ben (Patrick Hivon) est un avocat et Sam (Pierre-Yves Cardinal) est un ancien champion de moto-cross. L’enterrement de Jean est prévu trois jours après ces découvertes : Mathieu, particulièrement désireux de faire la connaissance de ses deux demi-frères, décide de partir à Montréal. C’est au contact de la femme de Pierre (Marie-Thérèse Fortin) et de sa fille Bettina (Catherine de Léan) que Mathieu va peu à peu apprendre toute la vérité sur Jean.

Philippe Lioret est un des rares réalisateurs français dont le nom constitue le meilleur argument de vente. Ses précédents films (Toutes nos envies et Welcome) sont autant de drames émouvants parfaitement maîtrisés de bout en bout. Ici, Le Fils de Jean ne déroge pas à la règle avec, au cœur du récit, cette relation père-fils détraquée. Les critiques lui préfèrent la relation mère-fille ou père-fille qu’il dépeignait avec force et larme. Cette nouvelle relation père-fils est parfois acariâtre, souvent silencieuse pour être filmée. C’est alors que Lioret surmonte cet écueil avec une infinie délicatesse et sensibilité pour évoquer ce qu’est un véritable père. Un père peut s’écarter de son fils pour diverses raisons soit parce qu’il n’était pas prêt à assumer son rôle de père, soit parce qu’il préférait sa carrière. Un père est malgré tout une personne symbolique à laquelle l’enfant peut facilement s’identifier. Un père peut prodiguer de l’affection nécessaire au développement de son enfant et ce qui fonde un père est surtout son engagement envers son fils où le premier rétorque au second : « L’essentiel est d’aimer ce que tu fais tout en allant dans les endroits qui te procurent du plaisir ». Un père peut aussi devenir un autre homme plus mature qu’autrefois pour rattraper le temps perdu avec son fils. À ce moment-là, le père peut dire à son enfant : « Es-tu le fils… ? ».

Parti à la rencontre de ses demi-frères, Mathieu traverse les océans pour rejoindre Montréal à la devise explicite : « Je me souviens ». Bien plus qu’une simple remémoration, cette balade au cœur de cette mégalopole est pour Mathieu une occasion idéale de reconstruire le lien qui l’unit avec son père. D’ailleurs, c’est grâce à son épouse et sa fille que Mathieu va apprendre à le reconnaitre et à lui faire comprendre qu’il est temps de renouer le lien avec lui avant que le temps ne le rattrape définitivement.

De fines émotions transparaissent dans cette histoire où un fils déterminé part à la recherche de ses origines au travers d’une famille québécoise et où Philippe Lioret s’appuie sur des acteurs impeccables : Pierre Deladonchamps confirme les espoirs suscités par sa composition dans L’inconnu du lac et Une Enfance. Gabriel Arcand est un être fragile et intransigeant dans le rôle du meilleur ami de Jean. Catherine de Léan et Marie-Thérèse Fortin donnent une certaine force et maturité à Deladonchamps en Mathieu qui nous épate, à l’occasion d’un « twist » final rehaussant la qualité de ce récit douloureux et ténu entre un père et un fils.

Avec Le Fils de Jean, un film généreux et touchant, juste et sensible, Philippe Lioret creuse un sillon humaniste, authentique et sincère. Le voyage introspectif qu’il orchestre nous immerge dans les magnifiques paysages forestiers crépusculaires du Québec où résident Sam et Ben, des hommes bourrus en proie à des colères sporadiques qui nous emmènent jusqu’aux frontières de la mort et de la vie, où Mathieu et Pierre remâchent d’amers états d’âme. Cela ne fait que susciter notre empathie et notre respect profond vis-à-vis du défunt (ou des autres) qui pourraient être nos proches ou nos voisins.

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