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Le Cœur en braille, critique

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Après Père et fils en 2003 et Trois Amis en 2007, Michel Boujenah est de retour derrière la caméra. Avec l’ouvrage de Pascal Ruter, Le Cœur en braille, il met en scène deux enfants qui vont devoir écouter leurs cœurs et qui vont utiliser leurs complémentarités pour arriver au bout de leurs histoires…

Dans cette belle histoire, Michel Boujenah parle de deux formes de cécités : celle qui ne se voit pas et qui s’entend ainsi que celle qui ne se voit plus et dont tout le monde la croit partie. Victor est un cancre passionné par la musique et Marie est une brillante violoncelliste atteinte d’une maladie dégénérative de l’œil. Elle perd la vue, mais elle ne veut pas que son entourage ne le sache.

La rencontre entre ces deux jeunes, parsemée de poésie et de tendresse, ne laisse ici personne insensible parce qu’elle montre rivalités et solidarités au sein d’un collège et de familles ordinaires. L’immoralité des enseignants et des parents se niche dans tout ce qui contredit la personnalité des enfants, notamment lors de la remise des copies ou des prises de position. Les choses peuvent-elles changer un jour ? Marie ne veut pas aller dans un centre de soins spécialisé pour enfants aveugles. L’inclusion scolaire est-elle encore possible pour Marie qui excelle dans le domaine musical ? Il en est de même pour Victor lorsque le conseiller d’éducation l’oriente vers un « BEP mécanique auto » à la suite de ses résultats scolaires médiocres. Victor et Marie n’ont-ils pas droit à une scolarité normale malgré leurs difficultés et leurs handicaps ? Visiblement non. Les enseignants et les parents se perdent dans les méandres vaseux d’une idéologie facile et non adaptée à l’élève. Leurs visions retreintes des choses existent de leurs indélicatesses et illustrent le manque de discernement de l’Éducation nationale.

Au cinéma comme au théâtre, Michel Boujenah sait raconter des histoires. Il le fait une nouvelle fois avec une infinie tendresse. Dans son récit drôle et féroce, Jean-Stan Du Pac et Alix Vaillot y sont naturellement déconcertants et tous deux font preuve d’une incroyable détermination pour parvenir à s’émanciper. C’est grâce à leurs spontanéités que les enseignants et les parents, préoccupés par leurs propres problèmes, vont revoir leurs copies. Les deux jeunes acteurs sont bien entourés : un étonnant Charles Berling en père divorcé et dépassé par ce qu’il arrive à sa fille Marie qui est contraint de s’adapter à la situation. Pascal Elbé joue un gars marqué par un veuvage douloureux et réduit à être l’ombre de lui-même depuis une idée fixe. Il s’est si isolé de la réalité qu’il ne sait plus comment s’y prendre avec son fils Victor. Ce qui caractérise ces deux pères est leur maladresse. C’est par cette maladresse qu’arrive le message du film : il est important d’être à l’écoute de sa progéniture avant qu’elle ne prenne la fuite pour réaliser son (ses) rêve(s).

Ces quatre comédiens forment un émouvant quatuor capable de passer des larmes au rire, sans jamais chercher à émouvoir. C’est bouleversant, et leur histoire commune inspire compassion et tendresse. Elle symbolise un diamant brut de sentiments et un formidable élan de positivité qui est à voir à cœur ouvert pour mieux l’apprécier et l’écouter sans fausse note.

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