Critique : Le Château de verre, un film de Destin Daniel Cretton - MyCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Le Château de verre, critique

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Dans la même veine que Captain Fantastic, et tiré de l’ouvrage de la journaliste Jeannette Walls, Le Château de verre revient sur l’histoire incroyable d’une famille dysfonctionnelle et troublée par l’un des leurs. Auteur de States of Grace qu’il a réalisé en 2013, Destin Daniel Cretton narre son parcours comme un documentaire familial, où s’épanouir dans un monde civilisé avec des valeurs acquises dans une société marginale n’est guère facile…

Le titre de cette adaptation littéraire vient d’une promesse que Rex, le père de Jeannette, lui a faite pendant son enfance : celle de bâtir un château de verre dans lequel elle vivra éternellement avec les siens. Ce château lui apparaît comme une métaphore ironique et fantaisiste, un rêve pour mener une existence nomade, loin de la civilisation.

Livrées à eux-mêmes, Jeannette (Brie Larson), son frère Brian (Josh Caras) ainsi que ses soeurs Lori (Sarah Snook) et Maureen (Brigette Lundy-Paine) grandissent dans la nature sans presque rien. Alcoolique, excentrique et idéaliste, leur père Rex (Woody Harrelson) et leur mère Rose Mary (Naomi Watts) leur font vivre un véritable enfer malgré tout l’amour qu’ils leur apportent. Frères et soeurs naviguent de ville en ville, de maison en maison, parce que l’alcoolisme de leur père les empêche de mener une vie stable. Rex se soucie de sa consommation et vit dans l’instant présent. Il décrit Rose Mary comme une artiste-peintre talentueuse absorbée par son monde idyllique, empli d’étoiles et de toiles. Aucun parent ne peut négliger la sécurité de ses enfants.

Rex et Rose Mary se révèlent comme des parents déclassés, imprudents et fantasques, et leur rôle parental est quasi inexistant. En effet, leurs quatre enfants agissent comme des adultes à part entière pour surmonter leurs jeunesses difficiles. L’un des trois, Jeannette est contrainte de faire la cuisine pour les siens et un regrettable incident se produit, la conduisant sur un lit d’hôpital. Selon son père, les blessures qu’elle porte sont sa force intérieure : celle qu’elle a héritée de ses ancêtres et celle qui lui donnera du courage pour vivre. Quelques années plus tard, Rex jette sa fille Jeannette dans le fond d’une piscine. Il lui rétorque qu’elle doit utiliser sa douleur pour nager (vivre) dans l’océan de la civilisation. Devant un tel argument, elle oublie de voguer et commence à se noyer. Cette expérience en eaux troubles la traumatise.

Jeannette, son frère et ses soeurs n’ont pas mangé depuis des jours. Ils sont désespérément affamés : Rex dépense leurs économies pour boire et Rose Mary, devant l’affection qu’elle lui porte, semble insensible. Cette nouvelle épreuve est déprimante et il est difficile de sympathiser avec les parents de Jeannette. La façon insouciante dont ils éduquent leurs enfants ne peut guère s’accorder avec l’amour qu’ils leur témoignent.

Entre les années 1960 et les années 1970, Jeannette grandit avec son frère et ses soeurs qu’elle préserve. Elle fait preuve d’audace et de courage pour échapper à l’emprise de Rex et s’enfuir avec ses protégés. Les années 1980 marquent une première rupture sociale avec son paternel. Le monde marginal dans lequel elle vivait est désormais révolu. Toujours anticonformistes et anticapitalistes qu’avant, ses parents, quant à eux, vivent dans des squats de Manhattan. Quand le jour où Jeannette leur présente son fiancé David (Max Greenfield), un richissime banquier, la famille Walls se décompose, laissant une nouvelle fois éclater la colère d’un père.

Si Rex et Rose Mary sont abasourdis par cette union, Jeannette, son frère et ses soeurs sont parvenus à s’adapter à la civilisation sans oublier les valeurs fraternelles qu’ils leur ont inculquées. Leurs aptitudes à affronter l’attitude désinvolte et la pression de leurs parents sont admirables. Leurs déterminations à agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité sont remarquables.

Au cours de la soirée des fiançailles de Jeannette, Rex et Rose Mary décident de se montrer accueillants à son égard. Même s’ils ont peur qu’elle se noie dans le monde frivole de leur gendre. Entre amour et haine, la jeune femme prend une décision brutale, mais compréhensible, parce qu’elle peut difficilement faire l’impasse sur leur altruisme occasionnel. En réalité, et depuis qu’elle est toute petite, elle ne cesse de voir ses parents comme des hippies qui l’ont éduquée à partir d’un rêve. À aucun moment, et malgré des moments d’hystérie joyeuse, ils ont cherché à savoir ce qu’elle pouvait bien penser.

Le comportement de Rex et de Rose Mary en apparence bienveillante se débride et laisse place à leur réelle personnalité, aussi futile et imprudente soit-elle. Lorsque Rex a appris l’agression de son fils par sa mère (Robin Bartlett), il a répondu à Jeannette : « Brian est un homme, il peut se défendre lui-même ». Et Rose Mary était incapable de lui répondre sur ce qui s’était passé entre son aïeule et son frère. Peu importe la façon dont Destin Daniel Cretton essaie de nous faire sympathiser avec les parents de Jeannette, il est difficile d’éprouver de l’empathie à leurs égards. Cependant, on doit aussi accepter la vision naturelle d’une Jeannette en colère qui aime malgré tout ses parents. À son regret, la jeune femme se rend au chevet de son père et découvre son autre visage : celui d’un homme qui l’a aimée du mieux qu’il pouvait sans jamais lui dire et lui révéler son passé douloureux. Les propos de Rex donnent un véritable sens à la vie de Jeannette et marquent à jamais un lien fragile, mais fort entre père et fille.

Destin Daniel Cretton et son coscénariste Andrew Lanham s’attendaient à ce que nous changions d’allégeance quand le couple est passé de l’insouciance à la bienveillance. Ils se sont trompés jusqu’à ce qu’ils nous présentent des photos d’archives et des vidéos de la vraie famille de Jeannette Walls. Cretton et Lanham réussissent à nous faire changer d’avis et rendent un bel hommage à ce que Jeannette et ses proches ont réellement vécu. À l’image de Captain Fantastic, Le Château de verre se transforme, lui aussi, en un hymne émouvant à la fraternité, où la famille Walls a surmonté les épreuves avec amour et foi, rudesse et tendresse.

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