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Le Brio, critique

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Native de Créteil, Neïla Salah songe à devenir avocate. Inscrite à l’université Panthéon-Assas, elle est très vite confrontée à Pierre Mazard, un professeur connu pour ses phrases à l’emporte-pièce. Pour se racheter une conduite auprès du rectorat, il décide de former la jeune femme à une prestigieuse épreuve. À la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait bien être le mentor dont elle a réellement besoin pour se hisser dans une toge. Pour y parvenir, ils devront ensemble apprendre à surmonter leurs préjugés…

Après avoir fait une entrée remarquée avec ses propos grinçants, Pierre Mazard (Daniel Auteuil) est contraint de préparer Neïla Salah (Camélia Jordana) au concours d’éloquence de la faculté. Sa direction voit en la rencontre entre ces deux générations opposées une opportunité pour engendrer un mélange ethnique en France, surtout dans l’enceinte du campus, et favoriser la diversité des cultures. Le duo intergénérationnel, quelque peu impayable, s’appréhende au contact des mots aiguisés et mordants. Daniel Auteuil et Camélia Jordana qui le forme ne les mâchent pas. Ils laissent parfois éclater leur colère, leur incompréhension et leur rancœur, souvent abordent l’argumentation, l’immigration, la provocation et le racisme sans jamais s’en approcher.

Yvan Attal orchestre ici la rencontre entre deux mondes différents qui jouent sur la délicatesse des mots et le paraitre pour convaincre leur public. Que l’on ait tort ou pas, peu importe, l’essentiel réside dans l’usage de l’apparence et de l’expression pour s’adapter à n’importe quelles situations. Lors de leurs confrontations, où s’entrecroisent la vanne et le verbe, ces deux générations d’acteurs nous le démontrent avec un certain savoir-faire et l’on découvre que tout ce qui se discerne peut se rapprocher avec peu d’effort. Daniel Auteuil incarne un professeur intransigeant qui enseigne si bien la rhétorique que la frontière est mince entre le vrai et le faux, pendant que Camélia Jordana, un brin malicieuse, apprend à le distinguer de ce qu’il lui dit.

Malgré une collaboration compromise par une différence d’âge et de culture, le tandem qu’ils forment joue la carte de la provocation pour s’apprivoiser et se comprendre. Daniel Auteuil est-il maladroit ou raciste lorsqu’il défie Camélia Jordana à coups de clichés ? Ne lui lance-t-il pas une provocation pour renforcer la synergie et favoriser la communication interculturelle ? S’il s’agit d’une provocation, l’agrégé qu’il interprète ne répugne pas à la prendre en main pour le concours, même s’il doute sur les aptitudes de sa partenaire. Les stéréotypes sont-ils une forme d’hostilité ou masquent-ils une représentation d’un fait existant, servant à l’illustration de la façon dont les présupposés d’un professeur conformiste remettent en question l’interprétation apolitique ou objective d’une jeune femme audacieuse ?

Porté par Daniel Auteuil et Camélia Jordana, un duo plein d’esprit, Le Brio ose tout sans se tromper de mots. Les deux comédiens abordent essentiellement la rhétorique et la xénophobie avec dérision et finesse. Prendre la parole, rire de tout devient peu à peu un jeu théâtral réjouissant et réconfortant, et les clichés les plus irrévérencieux parviennent à nous faire sourire. Le ton demeure léger et subtil, sans oublier une pointe d’escobarderie de la part des deux acteurs. On s’amuse avec eux tout en admirant leurs délicates joutes verbales. Daniel Auteuil et Camélia Jordana nous captivent, ils nous divertissent, allant jusqu’à nous offrir une réflexion pertinente sur la manière dont l’homme doit utiliser la communication pour convaincre une société disparate sans se décourager ni perdre son sang froid. Dans la veine du documentaire A voix haute – La force de la parole, et dans un climat où la langue française s’égare avec la technologie, on ressort de la séance revigorer par tant d’élégance et d’énergie dans les propos.

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