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Last Call, critique

Guillaume Blet 0

L’épanouissement dans le travail peut-il réellement transcender l’amour porté à un de ses enfants malades ? Un consensus entre qualité de vie et rentabilité peut-il être trouvé avant de passer à côté d’une réalité sociale critique ou de se perdre dans les limbes du capitalisme ?

Il fut un temps où Gerard Butler a fait preuve d’une compétence remarquable en devenant un homme d’action déterminé (La Chute de la Maison-Blanche, La Chute de Londres) ou dans celle d’un romantique rustre (Le Chasseur de primes). Gerard Butler l’était davantage dans la série britannique The Jury, où il était un alcoolique en guérison, prêt à tout pour lever le voile sur un meurtre. Gerard Butler était notablement touchant lorsqu’il était le père d’un garçon dans Dear Frankie. Il convient de rappeler que son nouveau personnage semblerait être un rôle plus substantiel que ceux qu’il a interprétés au cours de sa carrière.

À première vue, Gerard Butler devrait se distinguer en endossant le costume d’un chef de famille intransigeant et tourmenté par la tournure des événements. L’acteur nous convainc difficilement qu’il peut se dépasser, allant jusqu’à utiliser le capitalisme pour tirer un enseignement de vie. L’homme qu’il incarne est un modèle au coeur d’un monde sans pitié, mais ne peut pas être qualifié comme tel dans un foyer touché par une maladie. Gerard Butler, oscillant entre l’égoïsme et la bienveillance, ne sait pas quelle attitude adopter face à une réalité sociale dramatique. Ce n’est que vers l’épilogue qu’il change la donne. Tel que l’a imaginé Mark Williams au départ, son personnage est si cavalier et inclément qu’un sentiment de sympathie est difficile à exprimer à son égard. Dévoué corps et âme à son travail, Dane Jensen est un homme, dont l’ambition et l’avarice sont ses principales vertus pour rafler la mise dans le milieu de la finance. Il est encore plus carriériste lorsque son patron Ed Blackridge (Willem Dafoe) lui annonce qu’il allait nommer le meilleur chasseur de têtes de l’entreprise.

Dane Jensen n’a aucun scrupule à se comporter comme un lion féroce sous les yeux de Lynn Wilson (Alison Brie), sa rivale aussi cynique qu’impitoyable que lui. Il emploiera tous les stratagèmes pour recueillir des informations et augmenter ses commissions, y compris celui d’user des compétences de Lou (Alfred Molinaa), un ingénieur au chômage, âgé de 59 ans, en proie à une crise existentielle. Mais, le nouveau Gordon Gekko sera tenu d’apprendre une leçon difficile et fondamentale du monde financier : l’essentiel n’est pas de faire le maximum d’argent, mais de connaitre le style de vie à mener avant de se lancer dans cet univers.

Le comportement cynique de Dane Jensen et son dévouement obsessionnel envers sa carrière sont admirés dans l’entreprise, mais ne peuvent pas l’être dans sa vie familiale. Sa femme, Élise (Gretchen Mol), lui rappelle sans cesse son importance cruciale dans le bon développement de ses progénitures. En regard de la contrariété d’une conjointe indulgente et de la maladie d’un de ses enfants, Ryan (Max Jenkins), Dane Jensen s’empresse de trouver à contrecoeur un équilibre entre son existence familiale et son travail accaparant. L’apparente résistance de Dane Jensen à ressembler à un homme dévoué à ses proches possède une certaine qualité admirable. Pourtant, sa rédemption éventuelle est si présumable qu’elle ne nous satisfait pas, d’autant plus que sa présence au chevet de son garçon et ses promenades n’interviennent qu’au moment où les doutes du médecin se confirment. Force est de constater que la patience d’une conjointe et la maladie d’un fils reflètent un profond malaise : celui d’un chef de famille égaré et happé par deux mondes complètement différents, où se côtoient amour et argent.

Gretchen Mol ne peut pas vendre la loyauté de la femme qu’elle joue à son partenaire (pour être sincère, personne ne le pourrait). Sa performance est néanmoins imprégnée de dignité et de grâce. Willem Dafoe apporte la bonne combinaison de charme et de méchanceté à son personnage implacable pendant qu’Alfred Molina excelle dans ses rares confrontations avec Gerard Butler, notamment quand un sentiment d’exaltation et de soulagement le submerge. Mark Williams qui les filme maintient les conflits dans son récit, l’abreuvant de messages sur la parentalité, sur les priorités de vie, sur les rapports de couple. Jusqu’à replacer le dur au coeur tendre dans l’éveil culturel de la famille, lors d’un étonnant coup de théâtre.

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