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L’Apparition, critique

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À nouveau clairvoyant et constant, Vincent Lindon, qui remporta le prix d’interprétation masculine pour La Loi du marché, au festival de Cannes, en 2015, n’est donc plus vigile, mais journaliste d’investigation chez Ouest-France. Son directeur de publication, Xavier Giannoli le conduit en plein coeur du Vatican, où un cardinal français lui demande d’enquêter sur une jeune femme qui prétend avoir rencontré la Vierge Marie. Là où Dan Brown cultivait l’art du thriller ésotérique et mystique, Xavier Giannoli combine, quant à lui, un étrange complot qui impliquerait l’Église catholique dans le cours de l’instruction d’un reporter angoissé. Parviendra-t-il à trouver dans les dédales de ses recherches une réponse à ses questions, notamment celles qui pourraient l’apaiser après un reportage en terrain miné ?

Marqué par la perte de son collègue tombé sous les balles de l’ennemi, le laissant, seul, dans un espace chargé de colère, Jacques Mayano (Vincent Lindon), visage fatigué et fermé, n’est plus lui-même. De cette douleur constante et lancinante, Jacques est sitôt victime d’un choc émotionnel et un bourdonnement désagréable émane de ses oreilles. Peu de temps après un éprouvant photoreportage au Moyen-Orient, Jacques reçoit un énigmatique appel téléphonique d’un cardinal français qui l’invite à la cité du Vatican, non loin de Rome, pour effectuer une mission spéciale. Dans une longue séquence intrigante, le menant par la suite dans les archives souterraines de l’Église catholique, Jacques découvre l’existence d’Anna (Galatéa Bellugi). Âgée seulement de 18 ans, la jeune femme prétend avoir assisté à des apparitions de la Vierge Marie dans une petite ville du Sud-Est de la France. La rumeur s’est vite répandue et le phénomène a pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins, issus des quatre coins du globe, viennent maintenant se rassembler sur le lieu des supposées visions. Jacques, qui n’a rien à voir avec le monde de la religion, accepte de faire partie d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur ce que Anna a récemment observé.

Si son enquête canonique s’apparentait à une des oeuvres pantelantes de Dan Brown, Jacques aurait établi un lien de corrélation entre la jeune femme et une conspiration secrète des Illuminati, où se seraient entrecroisés messages insaisissables et prêtres maléfiques. Ce n’est pas le cas et Xavier Giannoli s’en distingue, même si la relation demeure inquiétante entre Anna et le Père Borrodine (Patrick d’Assumçao), suspectant d’éventuelles insinuations à la corruption de l’Église catholique. Et l’arrivée impromptue d’Anton Meyer (Anatole Taubman), qui ressemble plus à un gourou qu’à un homme de conviction à part entière, laisse présager une démarche indécente envers le monde de la foi.

Mais, Xavier Giannoli se penche essentiellement sur la relation qu’entretient le journaliste de Ouest-France avec la fragile et mystérieuse Anna dont l’existence perturbée l’intéresse autant que sa prétendue observation religieuse. Les yeux emplis d’indignation, Vincent Lindon, qui prête ses traits au premier, dévoile avec une incorrection involontaire l’image d’un homme meurtri qui s’accroche à la seconde, Galatéa Bellugi, pour espérer trouver dans la foi le chemin d’une lumière apaisante. Obsédé par cette enquête canonique, le reporteur qu’il est découvre dans le parcours de sa partenaire, une orpheline élevée dans plusieurs familles d’accueil, un certain nombre de coïncidences hétéroclites et de preuves déconcertantes. S’y comptent un portrait défiguré et une protégée qui respectivement le renvoient au Moyen-Orient et à un homicide. Autant d’indices amènent Vincent Lindon à s’interroger sur la bonne foi de Galatéa Bellugi, une jeune femme qui éveille sa curiosité et qui le laisse sceptique, et sur ce qu’elle évoque pour l’Église catholique. Symbole d’une martyre dévouée et ébranlée par le manque de discernement de quelques âmes croyantes, Galatéa Bellugi semble avoir trouvé un amour authentique. Et cet amour véritable serait la représentation même d’un destin précieux dont seul l’homme – en proie à une grande colère ou à une incompréhension – peut ressentir autant qu’elle qui porte l’espoir et la vie en elle.

D’un journaliste perturbé à une jeune femme fidèle à la Vierge Marie, en passant par divers interlocuteurs aux troublantes intentions, Xavier Giannoli nous questionne sur la façon dont l’enquête canonique pourrait se terminer. L’apparition controversée d’Anna pourra-t-elle trouver un sens nouveau dans la vie de ce journaliste en rédemption et, plus important encore, Dieu existe-t-il réellement ? Xavier Giannoli ne parvient pas à répondre, de manière convaincante, à cette requête majeure. Il préfère s’appuyer sur des mécaniques d’intrigues incertaines ou des preuves matérialistes plutôt que sur de profondes interrogations de foi. Ce qui s’apparentait à une étude puissante du monde de la religion se mue importunément en une enquête policière occulte, bien que la route du reporter aussi tourmenté que la jeune femme vers le rétablissement soit poignante.

Xavier Giannoli développe néanmoins une solide compréhension de la narration intimement épique et une majeure partie de son apparition nous maintient jusqu’à une résolution émouvante, même si l’on ne saisit pas toutes les réponses à la portée d’un amour vrai. En s’associant avec le directeur de la photographie de Into the Wild, Éric Gautier, il réussit à magnifier la pléthore de lieux. Les déserts brûlés de la Jordanie et les forêts abondantes de France, ainsi que les entrailles cachées du Vatican, rendent son drame plus grand que la vie, concentrant ainsi les choses les plus inhérentes à la religion sur une poignée de personnages-clés. À côté d’un magnétique Vincent Lindon, Galatéa Bellugi, qu’on a vue dans Réparer les vivants, s’est glissée dans la peau d’une Anna abritée par ce qu’elle porte en elle, la foi et la puissance d’un amour unique. Jusqu’à offrir un tournant émouvant et saisissant dans l’existence du journaliste qu’interprète l’acteur de La Loi du marché. Anatole Taubman et Patrick d’Assumçao, quant à eux, possèdent une étoffe indéniable qu’ils confondent le désir d’espérer avec celui de convertir l’Église en une entreprise prospère. Qu’importe la façon dont chacun apprivoise la foi, nul ne peut prétendre à connaitre le chemin de la véridicité. Et toute personne, qui ne remet pas en cause ses convictions face à l’intelligible ou à celui qui porte un message, finira, d’une manière ou d’une autre, par s’égarer, car la vérité n’est jamais là où elle se trouve.

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