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L’Amant double, critique

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L’amour apparait comme un puzzle érotique, à la fois fascinant et sensuel, où le miroir du double se brise tout en bestialité et en perversité. Et où l’auteur François Ozon, aussi mystérieux que troublant, nous plonge dans les dédales de l’inconscience d’une âme…

Marine Vacth, toujours jeune et jolie, gagne en maturité, et François Ozon explore les désirs inavoués et les pulsions troubles de son héroïne troublée par la présence d’une présence. Il n’est pas surprenant qu’il ait trouvé son inspiration chez Joyce Carol Oates, une experte en l’art de créer des personnages ambigus, de les sonder et les disséquer au scalpel. Dans son oeuvre, il se trouve des thrillers psychologiques que la prolifique romancière a édités sous le nom de Rosamond Smith, parmi lesquels le roman qu’a adapté François Ozon.

Dès le début du film, les yeux de Chloé (Marine Vacth, toujours plus belle et plus suggestive que jamais) semblent refléter des rêves inavouables et perturbants. En effet, son sexe se confond avec un œil, et Chloé commence par se perdre dans les méandres d’une histoire de désir et de confusion.

La jeune femme Chloé, devant des maux de ventre, ne tarde pas, sur l’avis de son gynécologue (Dominique Reymond), à consulter Paul (Jérémie Renier), un psychothérapeute. Les consultations commencent, les échanges sont plutôt timides avant que Chloé évoque ses douloureuses relations avec sa mère. Paul l’écoute jusqu’à tomber sous le charme de sa patiente, au grand dam de la déontologie médicale. Paul l’oriente vers un de ses confrères tout en devenant son amant et son compagnon. Et c’est sans oublier la présence mystérieuse du frère jumeau de Paul, Louis, qui vient hanter jour et nuit Chloé.

Alors que Paul est plaisant et courtois, Chloé se laisse séduire par Louis, un homme agressif et inquiétant. Entre Chloé et Louis se déroule un jeu trouble parsemé de mensonges, de non-dits et de révélations. Il l’est davantage lorsqu’il fait apparaître quelques nouveaux personnages, en particulier une femme alitée dont le regard est empli de haine. Qui est-ce cette femme ? Que s’est-il passé pour que cette femme soit dans un état (presque) végétatif ? Les jumeaux aux méthodes de travail antagonistes, sont-ils réellement ce qu’ils prétendent être ? L’un est-il dominant, comme chacun des deux le prétend tour à tour ? Que se passe-t-il en Chloé ? Les maux de ventre dont elle se plaint, sont-ils liés à sa mère, aux jumeaux, ou viennent-ils de son imagination ?

De deux psychanalystes suspects à une Chloé en mal de mère, en passant par une accidentée dont on ne sait rien, François Ozon sème le trouble en recoupant leur récit dans une seule et même histoire. À l’instar de Joyce Carol Oates, il nous promène de récit en récit, nous plonge dans les méandres pulsionnels de l’inconscient pour mieux explorer les cauchemars intérieurs, les désirs et les pulsions de ses personnages. Leurs regards sont prédominants, y compris ceux de chats dont les présences sont loin d’être anodines. Et, au-delà des regards lourds de sens, c’est le reflet palpitant et troublant de l’homme face à son miroir (double) en quête de sens.

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