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La Solitude des nombres premiers, critique

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Si l’homme possédait en lui une sensibilité accrue, elle pourrait lui faire ressentir une impression qu’il pourrait ne pas trouver sa place dans une ère normative. Devant ce constat dramatique, Saverio Costanzo nous conte le parcours de deux jeunes gens dont l’hyperesthésie les empêche de s’épanouir avec autrui, pour remettre en cause le fonctionnement de l’organisation sociale…

De 1984 à 2007, l’existence de Mattia et d’Alice n’a pas toujours été très simple, loin de là, elle a été bouleversée par un terrible événement qui les a marqués à jamais. Entre leurs cercles d’amis, leur famille et leur travail, Mattia et Alice sont malgré eux rattrapés par leur passé. Le sentiment d’être différent des autres ne cesse d’augmenter les barrières qui les séparent du monde, les conduisant dans le gouffre de l’isolement inévitable, mais conscient. Saverio Costanzo raconte leur vie perturbée par la sévérité de leur éducation parentale, allant jusqu’à montrer leur difficulté à s’extraire de leur enfance et à vivre avec leurs proches. Mattia et Alice apparaissent progressivement comme deux personnes extrêmement sensibles qui supportent année après année le poids de la responsabilité et de la solitude.

De son jeune âge, Mattia porte la responsabilité de sa cadette Alice et ses parents se révèlent conciliants jusqu’à ce qu’un événement le trouble : la fugue de sa soeur. La mine défaite, Mattia ne trouve pas la force de se pardonner et ses parents qui l’accablent deviennent de plus en plus inflexibles avec lui. Mattia se renferme sur lui-même, préférant la mutilation occasionnelle à la vie en collectivité. Le malaise qu’il éprouve et les fonctions importantes qu’il prend traduisent un profond décalage avec la réalité sociale, et un malaise entre lui et ses semblables. Mattia développe malgré tout des capacités intellectuelles hors-normes, lors de ses années étudiantes en Allemagne, et fait de sa vie une existence à part.

Alice souffre autant que son frère Mattia. Elle ne réussit pas à s’émanciper comme ses camarades. Elle ne trouve pas mieux à faire que de s’imposer une rigueur exemplaire, illustrant le modèle d’éducation parentale et marquant sans le vouloir une différence sociale entre son caractère frigide et ses collègues de travail. Alice n’assume pas son corps et elle perçoit toute aide comme une agression. Elle est profondément seule et manque de confiance en elle pour aborder un garçon ou ses connaissances qui l’humilient. Introvertie, Alice ne sait pas réagir devant celles qui se moquent de sa manière singulière d’entreprendre les choses. Elle refuse de grandir et elle s’empêche d’avancer : son mal-être prend le pas sur son épanouissement personnel.

L’un comme l’autre, Mattia et Alice, devant un passé familial marquant et une importante angoisse relationnelle, choisissent de vivre en marge de ceux qui les entourent. Saverio Costanzo profite de leur expérience de vie pour dresser le portrait douloureux, poignant et sensible de deux âmes écorchées vives qui font face aux affres de la vie. Et, au-delà de la souffrance physique et psychique qu’elles expriment, Costanzo évoque la différence sociale et le sens des responsabilités au sein d’une société intransigeante, régie par des normes inégalitaires.

La Solitude des nombres premiers est disponible sur le site de Filmo TV et sur celui de UniversCiné.

NDR : une analyse complémentaire est faite avec l’ouvrage intitulé Ces gens qui ont peur d’avoir peur : Mieux comprendre l’hypersensibilité, écrit par Aron Elaine-N.

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