Critique : La Prunelle de mes yeux, un film d'Axelle Ropert - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

La Prunelle de mes yeux, critique

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Après nous avoir montré que l’amour pouvait nous rendre aveugles dans Tirez la langue, mademoiselle, la jeune cinéaste Axelle Ropert poursuit sa filmographie sous le signe de la fantaisie en brisant les codes du genre. Et en les narrant sans fausse pudeur. Sa tragi-comédie, mêlant amour et talent, différence et handicap, raconte l’histoire d’un homme aveuglé par ses émotions musicales et d’une femme, aveuglée par la musique, qui lui rend la vue. Enfin, il faut espérer qu’elle y arrive…

Un jour, Théo (Bastien Bouillon) croise Élise (Mélanie Bernier) dans un ascenseur. Ils habitent le même immeuble et ils partagent une passion pour la musique : l’un souhaite devenir musicien, bien qu’il n’ait que peu de talent pour percer dans le milieu artistique, et l’autre est aveuglée par la musique. Théo et Élise appartiennent à la même génération de jeunes où l’avenir est incertain. Et où la diversité culturelle crée des tensions entre la plupart des autres personnes de leur âge. C’est ce qui s’est passé pour Théo et Élise lorsqu’ils se sont rencontrés dans cet ascenseur. L’un et l’autre se sont instinctivement détestés. Mais, selon un vieil adage, la haine engendre l’amour, et c’est ce prétexte simpliste qui va les opposer et les réunir.

Axelle Ropert s’est inspirée d’une mère aveugle qui n’avait aucun scrupule pour emmener sa fille devant une école de son quartier, où les autres parents étaient contraints de faire de petits sauts pour l’éviter. Partir d’un handicap pour le sublimer dans ce qu’il y a de plus fragile est ici le point de départ de La Prunelle de mes yeux, une tragi-comédie, aussi émouvante qu’embarrassante, sur l’histoire de la diversité des rencontres offertes par notre monde. Ropert nous transporte dans son microcosme, oscillant entre la légèreté, la simplicité rafraîchissante et le burlesque, avec grâce et élégance. Entre ce Théo obligé de l’imiter pour l’éviter et cette Élise affrontant la vie comme si de rien n’était, la magie opère lentement, mais sûrement au sein d’un monde théâtral, empli d’émotion et de gêne.

De Mélanie Bernier en femme aveugle impertinente à un Bastien Bouillon en amoureux éperdu, en passant par les étonnants Antonin Fresson et Chloé Astor, chacun se montre incroyablement compatissants et touchants. C’est d’ailleurs cette humanité non aggravée qui donne au récit de Axelle Ropert une sensation légère, dépourvue d’amertume et émaillée d’une maladresse innocente que l’on retrouve chez Emmanuel Mouret ou Roper. La manière dont cette dernière parvient à aborder le thème de la cécité sans fausse modestie, est remarquable en tout point. Élise est aveugle, mais sa vie n’est pas réduite à elle-même, loin de là. Elle ne se plaint pas, elle sort, elle vit comme tout le monde. Ce qu’elle veut à tout prix est d’être vue pour ce qu’elle est, et non pas par le prisme déformant de son handicap. Théo est artificiellement arrogant avec Élise quand il la fréquente ou l’a suit dans la rue. Son attitude désinvolte et son désintérêt apparent à l’égard de son handicap sont, malgré tout, de jolis défauts qui plaisent à Élise. C’est ce que cette dernière recherche : un homme, aveuglé par elle, qui retrouve la vue pour la musique.

Porté par un Bastien Bouillon malhabile, une Mélanie Bernie insolente ainsi qu’une chaleureuse musique de Benjamin Esdraffo, la tragi-comédie de Axelle Ropert parle d’amour et du handicap. Avec audace, finesse et humour.

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