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La mécanique de l’ombre, critique

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Un salarié ordinaire qui entend tout et qui ne répète rien, se retrouve au cœur d’une sombre affaire politico-gouvernementale. Blasé, et en pleine crise existentielle, François Cluzet devient ce salarié et l’endosse avec une constance tout aussi énigmatique que requiert une activité secrète…

Entre des hommes-espions et des officines politiques et des services de renseignements, Thomas Kruithof aborde avec originalité un monde politique brumeux, par l’intermédiaire d’un comptable désabusé. Duval (François Cluzet) se retrouve au chômage après avoir effectué un « burn-out » sur son lieu de travail. Il habite seul, il partage la majorité de son temps entre son appartement et un centre de désintoxication jusqu’à ce qu’un dénommé Clément (Denis Podalydès) lui propose du travail. Duval, de plus en plus esseulé, finit par accepter son offre dans l’espoir de se réinsérer dans la société civile. Il se met rapidement à retranscrire des enregistrements sans poser la moindre question. Mais ce qu’il ignore est qu’il sera pris dans un engrenage où il sera le maillon d’une chaîne qui oppose différents politiciens au sommet de l’État.

À partir du point de vue de ce Duval qui fait un travail laborieux, et dont la trajectoire évolue, Thomas Kruithof montre l’impact néfaste des officines politiques, en lien avec des services de renseignements, sur la vie d’un homme ordinaire. Duval apparait comme un homme à la fois humain, lâche et sombre. S’articule autour de lui un univers opaque : aucun fichier numérique et preuve n’existent, seuls les enregistrements sonores sont retranscrits à la machine à écrire avant d’être écrits dans de petits carnets.

Thomas Kruithof s’inspire ensuite des romans de John Le Carré pour intérioriser l’univers d’un « thriller » d’espionnage noir et retranscrire une atmosphère suspicieuse à travers des liens mystérieux entre des officines politiques et des services de renseignement. S’il respecte les règles d’une intrigue à tiroirs tout en produisant un effet de crescendo dramatique et des surtensions, Thomas Kruithof n’exprime pas le besoin de développer davantage cette intrigue. Il sait dorénavant qu’un salarié ordinaire peut être tout à faire capable d’accepter n’importe quel travail pour échapper à son désespoir. Il n’est nul besoin de concevoir que la plupart des hommes-espions seront peu bavards sur leurs activités.

Avec La mécanique de l’ombre, Thomas Kruithof confronte un François Cluzet désappointé à un Denis Podalydès austère. Les deux hommes aux desseins troubles se retrouvent plongés au cœur de la grisaille de Molenbeek-Saint-Jean. C’est dans cette ville belge dont l’esthétique de l’architecture du béton armé accentue leur perte de repères, qu’ils croisent des partenaires aussi intrigantes qu’eux. Dans le rôle d’un commandant intègre, le seul parmi ses collègues au sein des services de renseignement, Sami Bouajila est impassible et Simon Abkarian est un espion calculateur et cynique, déterminé à faire exploser une vérité explosive, quel que soit les conséquences.

Sous la forme d’un « thriller » d’espionnage noir, La mécanique de l’ombre pose un regard critique sur le fonctionnement d’une démocratie. La surveillance et le contrôle de la population sont au cœur de ce « thriller ». Les libertés individuelles n’existent guère lorsque la raison d’État est invoquée, mais l’ultime révolte, incarnée par François Cluzet désemparé et sobre, réussira à solder ses comptes, même si c’est au prix de sa morale décente. Ses désillusions confirment ainsi les propos de Nicolas Machiavel : « la conquête et l’exercice du pouvoir sont l’enjeu de luttes féroces dans lesquelles l’homme politique ne doit pas trop s’encombrer de scrupules moraux pour réussir ».

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