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La La Land, critique

Guillaume Blet 0

Un boulevard, un observatoire, un pont, un tramway de centre-ville, tous ces emplacements constituent les lieux de tournage du nouveau film La La Land, de Damien Chazelle. Ils sont emblématiques, mais restent sans nom tout au long du film. La somme de ces lieux crée la ville de Los Angeles. Toute production significative est une somme de ses acteurs et il n’y a pas de différence dans le cas de La La Land

Sebastian (Ryan Gosling) et Mia (Emma Stone) se réunissent au sein de ce Los Angeles à la fois moderne et rétro pour former une seule et même personne. Tout au long des séquences musicales qu’ils orchestrent, Los Angeles ne cesse d’être omniprésent et est représenté par ses somptueuses lumières de rues historiques. Certains pourraient dire que Los Angeles est une toile de fond pour les chorégraphies de Sebastian et Mia, mais c’est cette ville, tout entière, qui prend le pas sur le dynamisme du premier. Un talentueux pianiste, rêveur et féru de jazz, qui prête sa beauté à Los Angeles pour entraîner la seconde sur le devant de la scène sans jamais s’effacer, ni reculer.

Barmaid et passionnée par le cinéma, Mia se rend à des castings et passe des auditions pour gagner sa vie à Los Angeles en tant que comédienne. Cette image de la conformité hollywoodienne se prête au caractère de Sebastian contraint, lui aussi, de faire de même : changer de vie et travailler. Cela dit, les performances artistiques de Sebastian et de Mia sont exceptionnelles, se prêtant à une sorte d’adaptation fantastique pour s’éprendre l’un de l’autre. De leur rencontre à leur amour, en passant par leur attirance et leur rêve, Sebastian et Mia sont le symbole d’un concept où l’amour se mêle au rêve et à la réalité sans altération. L’aspect économique est couplé avec la nécessité de survie. Sebastian et Mia évoluent, puis se confrontent à Los Angeles qui est souvent en désaccord avec elle-même (eux-mêmes). Une ville qui préfère exploiter le talent de Sebastian et de Mia plutôt que de mettre en avant leur rêve qui l’a crée. En fin de compte, La La Land oppose la conformité à la non-conformité où deux artistes, doux rêveurs et passionnés, doivent faire un choix entre capitalisme (argent) et sentimentalisme (passion). Los Angeles apparaît ici comme le pays des rêves, mais ces derniers sont souvent négligés, faute à l’ambition qui les détruit à jamais.

Le film explore l’idée de « Que dois-je faire… ? ». Il dépeint le Hollywood comme un produit de rentabilité et le confronte à un Hollywood idéal où l’art et la passion sont primordiaux pour porter un élan créateur. Cette confrontation montre que les aspects nobles de la créativité sont souvent remplacés par les aspects économiques de l’industrie. Il en est de même pour l’art qui a permis à Sebastian et à Mia de réaliser leur rêve (ici, devenir ce qu’ils sont aujourd’hui). Leurs séquences musicales se défilent à une vitesse fulgurante qu’ils reflètent le rythme soutenu de la vie hollywoodienne et l’emballement d’une jeune femme la découvrant pour la première fois. Mais, Sebastian prend le temps de lui faire appréhender musicalement ce nouveau monde. Cette baisse de rythme reflète les réalités auxquelles ils sont confrontés, notamment celle de jongler entre capitalisme et sentimentalisme, argent (survie) et passion (rêve).

Au milieu de ces deux âmes, il y a un Los Angeles idyllique, magnifié par Damien Chazelle. La façon dont ce dernier sublime cette mégalopole laisse songeuse. Les séquences musicales qu’il filme, quelque peu surréalistes, prennent la forme d’un rêve extraordinaire, porté par des numéros de danse dans les étoiles.

Regarder La La Land, c’est comme être éveillé pendant un rêve merveilleux. Entre Sebastian et Mia, il y a ce Los Angeles, une ville unique et magique, qui les entoure. Alors qu’il est en face de son piano en plein cœur de cette ville, Sebastian chante à Mia ces puissantes paroles qui symbolisent l’amour, la vie et le rêve : « Ville étoilée. Brilles-tu juste pour moi ? Ville étoilée. Je peux voir tellement plus. Qui sait ? »

Avec La La Land, un merveilleux rêve s’est réalisé au cœur d’un Los Angeles lumineux, moderne et rétro. Porté mélancoliquement par Ryan Gosling et Emma Stone, La La Land est une très belle déclaration d’amour à la musique jazz et à l’âge d’or hollywoodien où tout était possible. Oui, tout est encore possible, puisque les deux comédiens viennent de réaliser un rêve magique : celui de tomber amoureux pour l’éternité. C’est une excellente romance musicale qui donne le sens du rythme et fait du bien qu’on a envie d’exaucer nos rêves. Du moins, pour réécouter City of Stars, de Justin Hurwitz.

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