Critique : La Confession, un film de Nicolas Boukhrief - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

La Confession, critique

0

Après s’être plongé dans le milieu de djihadistes sans foi, ni loi, dans Made in France, Nicolas Boukhrief se confesse. Probablement pour adapter l’ouvrage de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. Ce qui commence comme une confession de foi pourrait soit attiser les convoitises de femmes d’une bourgade occupée par l’Allemagne, soit ressembler à une autre ère où Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva s’étaient confiés bien avant que Romain Duris et Marina Vacth le fassent…

Faut-il comparer cette Confession à celle de Jean-Pierre Melville, Léon Morin, prêtre, dont Nicolas Boukhrief nous propose sa version ? Les deux films ne présentent aucune similitude, si ce n’est la trame de la romancière Béatrix Beck. Récompensée par le prix Goncourt 1952, l’auteure revient sur l’histoire du Père Morin qui vient d’arriver dans la paroisse d’une petite ville française, occupée par les Allemands. Le Père est jeune et ne manque ni de charme, ni de charisme, tant et si bien qu’il suscite l’intérêt de la population, en particulier celui des services postaux. Les femmes qui y travaillent sont déjà sous son charme. Ce qui n’est pas du goût de Barny, une jeune athée et communiste dont le mari est parti en Allemagne, qui élève seule sa fille.

Barny ne peut plus entendre ses collègues parler du Père Morin qu’elle se résout à lui rendre une petite visite dans sa paroisse. Là-bas, elle se confesse à lui, non pas pour lui avouer ses fautes, mais pour lui faire connaitre qu’elle s’oppose à ses convictions. Or, la réaction de Morin ne s’accorde nullement avec les options qu’elle exprime : le Père Morin, loin d’être gêné par son attitude, lui prête le livre sur Les Quatre Évangiles avant de l’inviter « chez lui ». S’ensuit ensuite une série d’échanges qui bouleverse peu à peu l’esprit et le cœur de la jeune femme. Tour à tour intriguée et fascinée par Morin, elle décide de se convertir au catholicisme. Une conversion qui pourrait également changer la vie du Père Morin.

Au fil des entrevues, il n’y a aucun élément impertinent qui ressemble à une provocation. Il ne s’agit ni plus, ni moins d’une oeuvre sur la séduction, une attirance physique présentée du point de vue de Barny. C’est une jeune femme incarnée par la sobre Marine Vacth, dont Nicolas Boukhrief la sublime sans jamais abuser du pouvoir de séduction. S’il y a séduction, c’est plutôt Romain Duris qui l’exerce en jouant le Père Morin au sempiternel sourire, dont l’invitation ressemble à une invite amoureuse. Entre Morin et Barny, il n’y a pas un seul geste déplacé, inutile, pas même un regard langoureux lorsque le désir se fait de plus en plus présent. Absorbés par ces rendez-vous, tous deux s’apprivoisent, évoluent, mûrissent lentement. Une lenteur qui les accompagne comme une cérémonie dépouillée.

Nicolas Boukhrief, touché par la grâce, réalise un film contemplatif d’une très grande élégance. Les lumières évoquent tantôt les clairs-obscurs de l’observateur-peintre Georges de La Tour, tantôt la modernité d’une bourgade française de Lorraine. D’une profondeur scénaristique inouïe, l’oeuvre de Boukhrief, quant à elle, dévoile la performance du duo Duris-Vacth, soutenu par un moine de l’ordre cistercien, le Frère Marie. De nos jours, certains propos tenus par Duris en Père Morin pourraient paraître audacieux pour quelques oreilles. Le comédien qui l’incarne, manquerait-il de sagesse ou de prudence en se rapprochant de la jeune femme qu’il consulte ? D’abord réticente à l’égard de la foi chrétienne, elle en profite pour vouer une fascination spirituelle. Du moins, pour mettre en lumière deux amours : l’un qui ne peut aboutir (un homme de foi et une femme) ainsi que l’autre qui englobe et surpasse l’être humain (un homme face à sa foi en Dieu). L’hommage que Morin rend à des fusillés donne le sens à ce qui précède. Dans un tel moment, le Père Morin, voué à sa cause, récite des passages de « l’Hymne à l’Amour », expliqués par la journaliste Laure Adler dans La Croix et tirés de la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens.

À la lecture de ce passage, mettant l’être humain dans l’univers et face à Dieu, Barny n’aurait pas trouvé la foi au contact du Père Morin, mais un authentique amour. Sauf que ce dernier n’est pas celui qu’elle a imaginé lors de sa première visite à la paroisse. Morin l’avait pressenti en lui affirmant qu’elle était la personne la plus proche de Dieu que la plupart de ses autres paroissien(ne)s. Il reste à espérer qu’il ait vu juste au sein d’une bouleversante confession sur fond d’amour et de foi.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...