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La Communauté, critique

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À partir des années 1970, le concept de communauté émotionnelle s’est vite répandu au Danemark et il est, lui aussi, devenu la marque de fabrique de Thomas Vinterberg. Le metteur en scène danois l’explore dans le cadre de ses enquêtes sur les émotions menées depuis Festen et du dialogue qu’une collectivité entretient avec les savoirs de l’émotion. Avec sa nouvelle expérience, Vinterberg propose à plusieurs personnes de cohabiter sous le même toit. Certaines le font pour échapper à la morosité ambiante de leurs quotidiens, d’autres pour élargir leur réseau social. Mais, l’arrivée d’un événement imprévu pourrait remettre en cause l’existence de leur confrérie. Arrivera-t-elle à survivre ?

Héritier d’un domaine à Hellerup, au nord de Copenhague, Erik (Ulrich Thomsen) est professeur d’architecture qui décide de s’y installer avec sa femme Anna (Trine Dyrholm). Ensemble, ils décident d’inviter quelques amis dans cette grande villa pour composer une communauté et relancer une vie affectueuse lassante. Ce qui commence comme une expérience humaine amusante, conviviale et enrichissante pour le couple devient au fil des mois une expérience de vie aigre. Cette expérience communautaire, devant une trahison, fragilise les relations entre chaque membre et l’engagement que chacun avait pris à l’égard de l’autre.

Si cette trahison leur est inconcevable, il en est de même avec l’attitude d’une épouse trahie qui accepte la cohabitation avec une petite nouvelle (Helene Reingaard Neumann). Pourquoi l’intègre-t-elle dans le groupe ? Profite-t-elle de cette relation adultère passagère pour récupérer le père de sa fille (Martha Sofie Wallstrøm Hansen) qu’elle idolâtre ? Pourquoi ses amis devraient-ils laisser éclater leurs rancoeurs, alors que cette nouvelle relation est l’affaire d’un couple ?

Thomas Vinterberg analyse non seulement les sentiments émotionnels de ses personnages, mais il montre aussi la façon dont la société a changé au cours des quarante dernières années. La facilité étrange – avec laquelle l’inconstant passe d’un être attentif et généreux à celle d’un être indifférent et mesquin – laisse pantois. Pourquoi préfère-t-il attirer et refouler son épouse plutôt que de l’aider à maîtriser sa crise émotionnelle ? Pourquoi est-il indifférent avec sa fille aussi compatissante qu’embarrassée ? Probablement parce qu’il n’assume pas ses actes et ses paroles, alors qu’il a, lui-même, fait une promesse à sa progéniture ? À l’occasion d’un premier moment de vérité inattendu, mais dramatique, la petite nouvelle annonce à son amant une révélation lourde de conséquences sans mesurer l’impact de ses propos. L’attitude des autres membres de la collectivité n’est guère mieux. Ils préfèrent juger le comportement de l’infidèle sans être à même de cerner un malaise qui ne les concerne pas.

Pour certaines âmes bienveillantes, l’infidèle mériterait des gifles pour les dégâts relationnels qu’il a causés à ses proches vivant ensemble. Dès lors que lorsque l’amour ou l’amitié rime avec déception ou trahison, la communauté qu’il a créée n’a plus lieu d’exister, ce dont la fille du couple déclare, lors d’un autre instant de vérité. D’une grande sincérité et sagesse, la jeune fille est la plus mature et responsable du groupe. À travers l’histoire de ses parents en crise émotionnelle, elle dévoile une facette inquiétante de l’homme moderne : celle d’un homme qui, au fil des années, est allé à l’encontre de ses engagements et de ses principes moraux avec ceux qui l’entourent. D’un regard accablant et réaliste, Thomas Vinterberg en profite pour dresser un portrait intransigeant de l’humain et montrer à quel point il lui est difficile de s’adapter à l’autre. Il espère même que les individus en tireront des leçons pour bâtir des ponts et se remettre en question.

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