Critique : La Colle, un film d'Alexandre Castagnetti - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

La Colle, critique

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Après avoir mis en scène Amour & turbulences et Tamara entre 2013 et 2016, Alexandre Castagnetti est un adepte des comédies romantiques et sociales. Elles sont parfois simplettes au premier coup d’œil, souvent pleines de sens lorsqu’elles évoquent l’affirmation de soi dans un lycée ou dans un avion, où la « jeunesse » est en effervescence, et où se côtoient le rire et la tendresse…

Depuis qu’il a déserté le hall de l’aérogare, Alexandre Castagnetti ne quitte plus les salles de classe et nous offre un « teen-movie » divertissant autour de Benjamin (Arthur Mazet), un lycéen aussi créatif que complexé. Il est épris de Leila (Karidja Touré), mais il n’ose pas lui dire. S’il n’est pas à l’aise avec les autres de son âge, il s’épanouit parfaitement avec l’univers des bandes dessinées qu’il imagine à sa façon. Après que son meilleur ami, Jean-Ed (Issa Doumbia), lui a donné des conseils sur Leila, Benjamin hérite injustement de quelques heures de colle en compagnie de celle qu’il aime secrètement. Seul hic : le voeu qu’il a exaucé la veille le plonge inexorablement dans une boucle temporelle, l’empêchant de s’éloigner de Leila.

Précipiter un lycéen dans ce type de boucle n’est pas très original, d’autant plus que le thème du voyage dans le temps a été repris à maintes reprises par le cinéma hollywoodien (Edge of Tomorrow, Happy Birthdead, etc.). Alexandre Castagnetti se distingue. Il unit élégamment les instants traversés par son héros dans cette boucle avec ceux de son vécu dans un seul récit. Grâce à une mise en abyme, portée par un univers artistique soigné, Castagnetti narre des actions qui se déroulent dans plusieurs niveaux des visions de ce héros. De son complexe d’infériorité à sa maladresse envers Leila, en passant par l’énergie de ses camarades un brin turbulents, le jeune homme devra tirer profit de sa créativité pour s’affirmer, s’il veut sortir de cette boucle (ici, les bandes dessinées).

Remarqué dans Elle, Arthur Mazet est un héros complexé, doué et perdu, qui évolue au gré d’une alternance temporelle. Sous les airs d’une canaille discrète se cache l’étonnante Karidja Touré, oscillant entre la tendresse et le rire, au côté d’Arthur Mazet. Fred Tousch interprète le rôle du concierge du bahut et nous livre des apparitions amusantes et azimutées. Thomas VDB se glisse dans la peau d’un surveillant aussi agité, antipathique et attachant que les lycéens qu’il tient à l’œil. Les nouvelles têtes, en particulier Alexandre Achdjian, Najaa Bensaid, Noé Ntumba, Noémie Chicheportiche et Oussama Kheddam dégagent une énergie folle qu’on les assimile facilement à des racailles exaspérantes et insupportables. Entraînés dans une boucle, ils montrent peu à peu des visages inexplorés. Derrière leur fort tempérament se cachent des âmes empathiques, perdues et inspirées que personne n’ose imaginer. Ce non-conformisme masque en réalité la peur de se confronter aux moeurs, de se révéler à soi-même et de s’exposer au regard des autres. Se creuse alors un énorme fossé entre les milieux socioculturels avantagés et défavorisés. Et c’est sans oublier la présence rare du comédien Issa Doumbia qui incarne l’esprit bienveillant et philosophique de ses partenaires.

Si les heures de colle nous ouvraient les yeux, les enseignants devraient nous en donner davantage, car on a tous des souhaits enfouis en chacun de nous. On a tort de ne pas les exaucer. Arthur Mazet nous le prouve en se plongeant dans une boucle temporelle pour se comprendre, lui et ses partenaires, et nous faire réagir face à leurs attitudes. C’est en maniant les rebondissements hauts en couleur de cette boucle et les stéréotypes dont chacun peut être victime à cause de son allure qu’il renforce un proverbe du XIIIe siècle : l’habit ne fait pas le moine.

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