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La Belle Saison, critique

Guillaume Blet 0

En 1971, Delphine (Izïa Higelin) monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagne son indépendance financière. Dans la rue, elle vient au secours de Carole, une militante d’un parti féministe embêtée par un homme qui n’avait pas apprécié son action sur une chaine d’information : taper sur les fesses des hommes comme ils ont l’habitude de claquer sur celles des femmes. En couple avec Manuel (Benjamin Bellecour), Carole (Cécile de France) vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, elles tombent amoureuses l’une de l’autre et leur histoire d’amour fait basculer leurs vies…

La rupture d’anévrisme du père de Delphine la contraint de revenir chez elle pour épauler sa mère âgée aux travaux des champs agricoles. Carole vient lui rendre visite très régulièrement. L’amour que portent les deux jeunes femmes est très vite remarqué par la mère, le fiancé Antoine (Kévin Azaïs) et l’entourage familial de Delphine. Le drame finit par éclater lorsque la mère retrouve sa fille dans les bras de Carole. La mère demande à cette dernière de partir et Delphine la suit à Paris. Quelque temps plus tard, sur le quai de la gare de Limoges, où passe la correspondance pour Paris, Delphine renonce à partir.

En 1976, Carole travaille au planning familial et s’est mise en couple avec une autre femme. Heureuse, elle reçoit une missive de Delphine qui regrette de n’avoir pas eu le courage de partir avec elle 5 ans plus tôt. Mais elle pense à l’avenir : s’installer dans le sud et gérer son exploitation comme elle l’entend.

Catherine Corsini enchaîne les scènes, quelque peu conventionnelles, d’une reconstitution appliquée des mouvements d’émancipation féminine ainsi que celle des amours sensuels de Delphine et de Carole. Si l’engagement mutuel et l’amour sont sincères entre les deux femmes, le titre avait prédit que l’amour ne durerait pas plus d’une saison.

Delphine et Carole ne prennent jamais vraiment le risque de tout quitter pour l’autre. Catherine Corsini montre ici qu’elles n’échappent pas à leurs déterminants sociaux : l’importance de la ville pour Carole (l’urbaine habituée à son petit café du matin et aux bruits des voitures), et celle de la responsabilité agricole et familiale pour Delphine. C’est toute l’élégance de Corsini de décoder les sentiments amoureux qui sont forts, mais nettement moins destructeurs que ceux des deux adolescentes de La Vie d’Adèle ou de Respire.

Symbole d’une belle saison destinée à s’achever, le contraste entre filmer la scène de rupture sur le quai d’une gare dont le sous-sol est vide, et la rencontre amoureuse où Delphine rejoint Carole de l’autre côté de la rue, n’est pas un hasard. Il rappelle l’époque où la femme ne voulait plus être bafouée par la gent masculine.

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