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Jésus, l’enquête, critique

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La thématique du questionnement de la foi religieuse n’est pas étrangère à Jon Gunn, dont l’une de ses précédentes oeuvres méconnues du grand public, Do You Believe ?, abordait les destins croisés de plusieurs âmes et la place de la foi dans leur existence. Avec Jésus, l’enquête, adaptation de l’ouvrage The Case for Christ, Jon Gunn reprend cette thématique et parvient à accomplir ce que Harold Cronk (Dieu n’est pas mort) a échoué jusqu’à présent. Plutôt que d’imaginer ses personnages, chrétiens ou non, comme des êtres humains de chair et de sang, Jon Gunn préfère les rendre imparfaits et les plonger dans un monde aussi complexe que le nôtre. Parmi ses personnages, un journaliste athée réfute l’histoire de Jésus après la conversion de sa femme au christianisme. Bien que son enquête soit exempte de défaut où s’entrecroisent médecine et psychanalyse, elle est parfois simpliste, souvent puissante lorsqu’elle le confronte à lui-même, à ses certitudes, à ses peurs…

En 1980, Lee Strobel (Mike Vogel) est un des célèbres journalistes du Chicago Tribune, pendant que sa femme Leslie (Erika Christensen), enceinte, s’occupe de leur enfant Alison (Haley Rosenwasser). À la suite d’une promotion au travail, Lee se retrouve au restaurant avec sa famille et sa fille s’étouffe jusqu’à l’apparition d’Alfie Davis (L. Scott Caldwell), une infirmière, qui réussit à la ramener à la vie. Alfie se confie à Leslie sur sa présence fortuite dans ce restaurant et la mère d’Alison commence sérieusement à s’interroger sur l’amour porté au Christ. L’action de cette infirmière peut-elle être réellement le fruit du hasard ou celui d’un authentique amour ?

Accompagnée d’Aflie, croyante et pratiquante, Leslie poursuit sa quête spirituelle en se rendant à l’Église avant de se convertir au christianisme et de tendre la main à Jésus, le sauveur de sa fille ainée. Quand elle essaie de parler de sa quête à Lee, son mari ne comprend pas et devient vite irritable, allant jusqu’à s’isoler et trouver refuge dans son travail. En réalité, la conversion de sa femme le trouble si bien qu’il s’inquiète de l’amour qu’elle lui porte. Lee n’est plus le seul homme de son existence et est contraint de cohabiter avec une âme divine dont la présence n’est pas démontrée dans son esprit. Devant sa femme qui semble s’éloigner de leur monde confortable non théiste, Lee s’empresse de la ramener vers lui en enquêtant sur l’histoire du Christ, notamment sa crucifixion et sa résurrection, et de la prouver. Dans le même temps, Lee se penche sur une nouvelle affaire, celle de James Hick (Renell Gibbs), et met en lumière de troublantes relations entre coupable et victime, dont personne ne s’est intéressé. Dans l’univers du journalisme, la vérité et les faits sont toujours plus provocateurs et réalistes que la foi, elle-même, sur laquelle l’investigation de Lee s’oriente résolument.

Pendant ce temps, les tensions montent entre les conjoints Strobel. Lorsque Leslie tente d’aborder sa foi, Lee est sans cesse dans l’expectative d’une vie éclairée, tenue par l’irrépressible besoin d’échapper à ses appréhensions, à ses croyances et de trouver une issue pragmatique à ses enquêtes. Passant la majorité de son temps libre à investiguer sur Jésus, Lee se consacre de temps à autre à sa famille et sur l’affaire qui le lie à James Hick. Son obsession à remettre en cause l’histoire du Christ le conduit inexorablement vers la route d’archéologues, de médecins, de prêtres et de psychologues. Les propos qu’ils tiennent au fil des échanges sont fascinants tant dans les recherches scientifiques et les avancées médicales menées sur Jésus que dans la volonté méticuleuse de replacer l’être humain au coeur de l’histoire du christianisme.

Arrive leur second enfant et les conjoints Strobel font l’effort de se retrouver à l’Église pour célébrer cette naissance. Même s’il exprime sa gratitude à l’égard d’Alfie, Lee lui demande de ne plus fréquenter sa femme. Ses parents viennent le voir, lui et leur nouveau petit-fils, Kyle, et la rencontre entre Lee et son père est aussi délicate que l’échange qu’il a eu avec Alfie. La relation paternelle est mise en lumière, dévoilant un Lee fragile et sensible qui masque sa souffrance affective en accordant une grande importance au pragmatisme (ici, l’amour concret de sa femme). Quelque temps plus tard, Lee est contraint de se réconcilier avec ce qu’il reste de son père et ce qu’il pensait de lui n’était pas ce qu’il s’imaginait. Alors qu’il ne cherchait qu’à préserver sa famille du christianisme qu’il considérait, jusqu’à l’apparition d’une terrible nouvelle, comme un conte de fées, ses travaux l’emmènent vers d’autres chemins inexplorés. De nouvelles réponses se dessinent sur sa route et ses enquêtes se transforment en une quête introspective. Peu importe le nombre de preuves qui peuvent attester l’existence ou non du Christ, Lee se recentre sur lui-même. Il s’aperçoit que la mission de l’être humain ne réside pas seulement dans la recherche de vérité, mais dans l’engagement ainsi que dans le désir de croire en soi et en cette preuve véritable que l’autre nous apporte : l’amour.

Les preuves rassemblées par Lee pour convaincre les agnostiques et les athées sont persuasives. Jon Gunn qui lui rend un bel et sobre hommage ne fait pas de vague. Il évite la surexcitation et la théâtralisation, et il retrace sans affectation le récit marquant de la famille Strobel. À travers l’histoire de cette fratrie, Jon Gunn ne propose aucune théorie compliquée sur la raison pour laquelle Dieu offrirait son Fils en sacrifice, sur celle pour laquelle Jésus serait disposé ou sur celle pour laquelle les parents se sont convertis. Les comédiens, qui les incarnent à l’écran, Mike Vogel et Erika Christensen, instaurent un parfait équilibre d’amour inconditionnel et de tension au récit saisissant de cette famille. Marqué par une relation paternelle intransigeante, qui l’a rendu athée, l’un des membres, Lee Strobel est parti à la recherche d’une vérité tout en préservant ses liens qui l’unissent à sa famille. Son récit suffit à lui seul pour dévoiler toute la beauté d’une oeuvre intemporelle qui, espérons-le, atteindra son but : aider les gens à regarder les preuves avant de nier le Christ et leur engagement envers ceux qu’ils chérissent.

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