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Je suis un soldat, critique

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Avec son premier film, Laurent Larivière dépeint le portrait sombre et touchant de Sandrine, une jeune femme à la dérive qui espère repartir sur de bons rails en retournant vivre chez sa mère Martine et son oncle Henri. Malheureusement, ces deux derniers ne sont pas en meilleur état qu’elle…

Laurent Larivière narre l’itinéraire de Sandrine (Louise Bourgoin) qui est contrainte de retourner vivre chez sa mère (Anne Benoit) à Roubaix. Sans emploi, Sandrine accepte de travailler pour son oncle (Jean-Hugues Anglade) dans un chenil insalubre, où des chiens ne cessent de transiter. Elle acquiert vite autorité et respect dans ce milieu d’hommes jusqu’à gagner des sommes importantes d’argent. Si le chenil de son oncle s’avère être la plaque tournante d’un trafic de chiens venus de pays de l’Est, l’argent qu’elle gagne lui permet de retrouver une certaine forme d’autonomie et de liberté.

Laurent Larivière nous présente une réalité économique et sociale beaucoup plus triste qu’elle y paraisse : celle de Sandrine qui préfère faire un sale boulot plutôt que d’attendre une réponse inexistante du Pôle Emploi, et celle d’une activité dangereuse et illicite. Sous ces deux points de vue, Larivière fait du nouvel environnement de Sandrine un décor à part entière, confrontant l’univers du travail légal avec des fins de mois difficiles à celui du travail illégal pour résister à la crise de l’emploi.

De cette douloureuse confrontation, deux personnes se distinguent : Jean-Hugues Anglade, intransigeant et ignoble, est déterminé à enfreindre les règles du jeu et Louise Bourgoin, méconnaissable et surprenante, oscille entre précarité et pérennité. Et, au milieu de ces deux-là, Anne Benoit est à la fois dépassée et fière des risques qu’une personne peut prendre pour faire face à une crise de l’emploi.

Sur fond de crise économique et social, Laurent Larivière dresse le portrait d’une femme qui s’enfonce progressivement dans les sables mouvants de l’illégalité pour échapper au marécage de la précarité. Elle parvient à s’en extraire in extremis tout en nous ouvrant les yeux sur un trafic cruel et illicite. Âpre, sec et violent, le premier film de Larivière n’hésite pas à mélanger critique sociale et portrait sans concession d’une courageuse jeune femme, dont on voit lentement le regard s’assombrir et les traits se durcir sur son visage au sein d’un récit réaliste et sombre.

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