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Jamais de la vie, critique

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Force est de constater que Pierre Jolivet vénère le cinéma social engagé, même si la finalité qu’il adopte n’est pas optimiste. Comme il l’avait déjà fait avec Force majeure et Ma petite entreprise, il continue à confronter des hommes à des situations ambivalentes ou à des décisions qu’ils doivent assumer, quoi qu’il en soit. Écrasé par une vie sans perspective d’avenir et réfractaire à l’autorité, un des hommes de Pierre Jolivet devra soit épouser un quotidien morose, soit sortir de sa torpeur journalière pour vivre. Trouvera-t-il la force de choisir ?

Âgé de 52 ans, Franck (Olivier Gourmet) ne s’inquiète plus de son destin terni par un passé d’ouvrier qualifié et de délégué syndical engagés. Aujourd’hui, il s’est reconverti par contrainte dans la sécurité d’un centre commercial de la région parisienne, laissant au placard les opérations coups de poing. Il s’est mis à boire, à fumer, à réparer des voitures télécommandées entre deux rondes de nuit jusqu’à ce qu’il découvre un véhicule suspect sur le parking qu’il surveille avec son collègue (Marc Zinga). Une avalanche de questions l’envahit. Peut-il encore réagir face à cette voiture étrange au préjudice d’un patron suspect (Bénabar) ?

Ne tombant à aucun moment dans le misérabilisme, Pierre Jolivet démontre dans les attitudes et les propos sombres de ses acteurs toute la complexité d’un homme à vivre honnêtement. Pourtant, le récit qu’il raconte est si pessimiste qu’il est difficile qu’un d’entre eux intervienne. Devant l’impuissance de ses partenaires au bord de la rupture sociale, Olivier Gourmet, quelque peu hésitant, défie à contrecoeur la morale, allant jusqu’à prendre des coups et se substituer à une police inexistante pour rétablir un semblant de paix dans sa vie.

Après avoir incarné des personnages engagés dans L’Exercice de l’État, Deux jours, une nuit ou encore L’Affaire SK1, Olivier Gourmet est à l’apogée de sa carrière en se glissant dans la peau d’un agent de sécurité au passé chaotique. Son incroyable force pour apporter la crédibilité à l’homme trouble qu’il joue vient de son imposant physique. Sa démarche matérialiste et sa façon de défendre ses idées font de lui un individu antipathique, entier et rauque qui n’a peur de rien pour rétablir l’ordre, même pas de s’immiscer dans des régions hostiles laissées à l’abandon.

Pierre Jolivet pouvait difficilement choisir un autre dénouement tragique pour cet ancien syndicaliste qui s’est donné tant de mal pour garantir la sécurité ou retrouver un sens à une existence morne. Sa complétude, son honnêteté et son idéalisme apparaissent ici comme de précieuses qualités, mais deviennent rapidement obsolètes au sein d’une société décadente, lâche et injuste. À travers le courage de cet homme aussi condamné que révolté, Pierre Jolivet signe un drame social réaliste, empli d’un brin d’utopie (presque onirique) et porté par une interprétation efficace d’Olivier Gourmet.

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