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Jamais contente, critique

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Le cinéma peut autant nous émerveiller, nous émouvoir et nous surprendre que nos proches. À l’image de son héroïne, Emilie Deleuze, jamais contente, nous le prouve en signant une fable douce-amère sur l’adolescence en quête de sens, adaptée du Journal d’Aurore, écrite par la soeur du cinéaste Arnaud Desplechin…

Prenant appui sur le roman de Marie Desplechin, Emilie Deleuze narre l’histoire d’une jeune adolescente pleine de fougue et de vie. Aurore (Léna Magnien) ressemble à la plupart des jeunes de son âge : elle a une mauvaise estime d’elle, elle n’aime presque personne. Elle se trouve malgracieuse et elle se demande si elle ne ferait pas mieux de s’enfermer dans un placard et d’en ressortir pour les grandes occasions. Aurore n’est pas le symbole de l’éternelle adolescence en proie aux doutes, mais elle se veut comme une adolescente parmi tant d’autres. Elle est une jeune fille normale, quelque peu complexée, qui partage ses doutes, ses joies et ses peines à ses camarades. Avec un humour ravageur qui en gêne certains. Entre l’image rebelle qu’elle renvoie à ses parents et l’image tendre qu’elle renvoie à sa grand-mère (Catherine Hiegel), la seule à qui elle se confie, Aurore ne peut être confondue avec qui que ce soit d’autre. La façon dont elle noue des relations sociales souligne la singularité de ce qu’elle est réellement. Ce tempérament anticonformiste crée un fort décalage entre ceux qui l’entourent et le regard qu’ils portent sur elle.

Face à ses craintes sur le monde adulte effrayant et à son redoublement, Aurore se cherche puis se confronte à ses proches dont elle détourne les répliques pour être déplaisante, jusqu’à l’arrivée d’un nouvel instituteur (Alex Lutz) dans sa classe. Le professeur de français s’empresse de faire lire à ses élèves l’incontournable Princesse de Clèves avant de l’interroger. Aurore propose une relecture originale du livre de Madame de La Fayette. Au regard et au sourire malicieux, elle s’amuse des clichés de l’amour pour analyser les relations amoureuses du XIVe siècle et celles du XXIe siècle, tout en finesse. Cet enseignant, devant son interprétation burlesque, n’en est pas moins bien inspiré, allant jusqu’à lui conseiller la lecture du poète Francis Ponge. Et, c’est sans oublier la présence de musiciens plus âgés qu’elle qui lui propose de vivre une grande aventure, à son grand désespoir.

Pour une adolescente issue d’une famille modeste, lire ou s’exposer au regard d’autrui n’est pas facile à faire lorsqu’on a de sérieuses difficultés à l’école. Cette capacité à réagir face à un nouvel univers lui permet, sans le savoir, de s’exprimer, de s’épanouir et de se laisser vivre sans se poser de questions. La scène finale, aussi étonnante que superbe, nous la dépeint comme une jeune fille transformée, subitement mûrie, qui s’est affranchie des dégoûts de l’adolescence. Et qui est parvenue à trouver en la culture une certaine forme d’apaisement.

Jamais contente, Léna Magnien crève l’écran, par la finesse de son jeu et sa capacité naturelle à jouer sur toute une palette d’émotions. Elle décrypte avec légèreté la vision d’une adolescente tourmentée et de ses proches qui essayent de cerner celle qu’elle incarne. Les confrontations entre parents-enfants ou entre camarades de classe nous amusent parfois, nous interpellent souvent. Elles montrent à quel point la communication est importante pour surmonter la crise de l’adolescence : la jalousie de la réussite des autres, la peur d’être incomprise, la peur de l’échec scolaire, le manque de confiance en soi, le sentiment de dévalorisation. Et, au-delà de la crise et de ses affres, c’est le portrait de l’adolescence dans ce qu’elle a de plus complexe, fragile et subtil, que nous propose Emilie Deleuze sans exubérance ni exagération.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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