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Jackie, critique

Guillaume Blet 0

Après avoir remporté un Ours d’Argent à la Berlinale pour El Club, Pablo Larraín s’empare de la biographie de Jacqueline Kennedy, la femme de l’ancien président des États-Unis, pour lui rendre hommage. Et la dépeindre comme une Première dame charismatique et complexe…

D’origine chilienne, Pablo Larraín revient sur les trois jours qui suivent l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, et la façon dont son épouse a fait son deuil. Et, au-delà de cette disparition, Natalie Portman qui l’incarne nous emmène à Washington, non loin de la Maison-Blanche pour nous faire partager des souvenirs marquants, lors d’un entretien fascinant avec un journaliste (Billy Crudup). Jacqueline arbore un large sourire et détache nettement les syllabes. Elle répond aux questions avec élégance et sobriété. Elle apparait comme une femme de caractère, partagée entre sa douleur d’avoir perdu son mari et sa détermination à laisser une trace dans l’histoire d’une nation. Jackie laisse paraitre une passion pour le classicisme et les oeuvres caritatives, faisant écho à Abraham Lincoln et son envie de servir son pays.

Ce parallèle avec Lincoln n’est pas une analogie anodine. À l’image de cet homme ayant aboli l’esclavage, et dont le destin fut aussi tragique que le sien, John Fitzgerald Kennedy devient lui aussi un « grand président ». Derrière lui, il laisse son empreinte dans l’histoire des États-Unis par sa gestion de la crise de Cuba, sa politique d’égalité des genres et son opposition à la construction du mur de Berlin. De ce fait, Jacqueline, devant une volonté de marcher derrière le cercueil de son mari, lui organise une cérémonie digne, lors de ses funérailles. Jacqueline n’est pas dans une démarche politique, mais se place dans une vision historique : celle de s’inscrire, elle et son mari, dans la lignée des grands noms d’une nation. La comparaison entre ces deux présidents, le choix singulier qui accompagne l’inhumation et l’organisation de la cérémonie renforcent le devoir de mémoire pour les générations à venir.

Sans passer au travers de la tragédie affectant la famille Kennedy, Pablo Larraín filme Natalie Portman en constante représentation. Il mélange intelligemment le réel et la fiction, tel le regard de son héroïne se confondant aux images d’archives de gens venus assister aux funérailles. La manière dont Larraín met en scène cette héroïne est marquée par des arrangements sonores éclectiques, composés des différentes voix d’une Portman insaisissable, et par une temporalité vertigineuse, refusant la linéarité d’un douloureux récit.

Natalie Portman irradie l’écran, par sa justesse de jeu et sa sobriété. Tour à tour emplie par l’amertume, l’ennui, la nostalgie, la tristesse, Jaqueline qu’elle joue est-elle une Première dame happée par l’argent ou la vie mondaine ? Est-elle, à l’inverse, une femme de poigne et de coeur, domptant subtilement les rouages du pouvoir ? Quoi qu’il en soit, Portman, sublimé par Pablo Larraín, rend un hommage sobre à Jacqueline dont l’amour porté pour son mari et son dévouement pour avoir travaillé avec habileté n’ont jamais fait l’ombre d’un doute.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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