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Iris, critique

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Se perdre pour ne pas se retrouver permet au comédien Jalil Lespert de nous montrer qu’il est capable de changer de genre. Ce nouveau thriller sinueux et pervers nous fait dériver vers des eaux troubles, oscillant entre nos caprices et nos fantasmes, et c’est malheureusement notre partenaire qui va en subir les conséquences…

Prenant appui sur Chaos (Hideo Nakata), un film japonais, Jalil Lespert narre l’histoire d’une dénommée Iris (Hélène Barbry), l’épouse d’Antoine Doriot (Jalil Lespert), un richissime banquier, qui disparait subitement du jour au lendemain, en plein Paris. Antoine prévient la police. Pendant que les enquêteurs, Malek Ziani (Adel Bencherif) et Nathalie Vasseur (Camille Cottin), commencent à enquêter sur cette disparition, ils découvrent l’existence de Max Lopez (Romain Duris), un mystérieux garagiste surendetté, qui pourrait être en lien avec la femme d’Antoine. Et c’est sans compter sur la présence d’une autre inconnue qui brouille les pistes.

En faisant le rapprochement entre Antoine et Max, les inspecteurs nous font découvrir les aspects les plus retors de deux hommes adeptes au fétichisme et au sadomasochisme. Ces addictions virulentes les plongent dans une aventure faite de manipulation, de mensonge et de meurtre, dont la clé pour décrypter l’enquête est centrée sur l’ambition et les pulsions du premier. Antoine joue sur deux personnalités, deux images opposées qui ravitaillent ses rêves qu’il aimerait assouvir pour compléter ce que sa tendre femme ne peut pas lui donner. C’est ce manque d’affection qui finit par le dévorer et le faire passer à l’acte, comme celui de s’adonner avec une maitresse à des jeux sexuels.

S’attaquer aux perversions humaines n’est pas un sujet facile, car il nous incite à réfléchir sur les conséquences, plus ou moins dramatiques, qu’elles peuvent entrainer sur la vie de notre partenaire. Tour à tour le titre du film et le nom de la femme du banquier, Iris évoque nos souhaits et nos fantasmes pour montrer notre personnalité à la fois attachante et licencieuse, mais aussi notre impuissance à jouir correctement de notre vie. Dans ce film, Jalil Lespert s’octroie le rôle d’un Antoine ambigu et charismatique tout en dirigeant Camille Cottin, une inspectrice tourmentée, Charlotte Le Bon, une femme fatale fragile, et Romain Duris, un homme crispé. Plongés dans un Paris qui abrite l’indécence de leur personnage respectif, ces derniers apparaissent blancs comme neige, soulignant toute la difficulté des enquêteurs à découvrir la vérité sur une affaire troublante. Et, au-delà de la complexité de cette affaire d’enlèvement, Jalil Lespert met en place un mécanisme diabolique pour conduire ses personnages dans les méandres de la luxure et les mener à leur fuite ou à leur perte.

La force du film réside dans la capacité de Jalil Lespert à nous surprendre, par l’intermédiaire d’un banquier sombre et de partenaires avec qui il s’amuse pour satisfaire son plaisir, lors de scènes quelque peu racoleuses, mais jamais vulgaires. Ce sont des scènes qui sont délicatement filmées par Jalil Lespert qu’elles deviennent supportables à voir.

Pervers, sombre et tortueux, Iris fait ressortir nos désirs et nos peurs les plus enfouies de nos entrailles, du fond le plus escamoté de notre âme, pour s’amuser avec nos sentiments. Jusqu’à nous frapper en plein cœur, là où la culpabilité et la vénalité se croisent. C’est de cette façon dont Jalil Lespert nous montre la différence entre le sentiment amoureux et le fantasme. L’amour peut être un sentiment exaltant, jouissif, mais il peut également nous anéantir à tout jamais. Qu’ils soient coupables ou victimes de leurs vices, les personnages du film assistent à leur propre perte. Et, par la même occasion, symbolisent l’archétype d’une bonne partie d’entre nous : des êtres humains qui perçoivent l’amour comme un outil indigeste chargé de combler des manques affectifs.

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