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In The Air, critique

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Passer d’une chambre d’hôtel à une autre et prendre l’avion chaque jour rythment le quotidien de Ryan Bingham, un quinquagénaire élégant et insolent, dont le charme fait rougir les hôtesses de l’air qu’il croise. Adepte des vols long-courriers, cet homme d’affaires, mandaté par une agence spécialisée dans les licenciements, parcourt les États-Unis pour pratiquer ce que les employeurs n’osent pas faire lorsqu’ils veulent débaucher un de leurs salariés. Jusqu’à l’apparition d’une personne. Cette rencontre fortuite lui paraitra-t-elle suffisamment concluante pour rebondir ailleurs tout en remettant en cause ses convictions ?

Ni femmes ni enfants, Ryan Bingham semble heureux avec sa valise. Le peu de choses qu’elle contient lui sied à merveille pour se concentrer sur ses principaux objectifs : atteindre les dix millions de miles du programme de la compagnie aérienne et intégrer le club fermé des membres d’honneurs de cette compagnie. Sans aucun contact, George Clooney qui l’incarne fait la connaissance de la séduisante Vera Farmiga et lui donne des conseils pratiques entre deux vols. Dans la peau d’une jeune cadre dynamique, l’actrice se met au diapason des besoins de son partenaire. Loin de se sentir oubliés, les deux amants apprécient cette liberté de pouvoir exercer leur activité et de prendre du bon temps sans contrainte.

De retour d’une mission, Ryan Bingham continue à côtoyer cette jeune cadre sans s’y attacher avant l’arrivée d’Anna Kendrick dans sa vie. Fraîchement embauchée dans l’entreprise où il travaille, la collaboratrice ambitieuse que sa seconde partenaire interprète lui propose une autre méthode de licenciement pour gagner en efficacité, lors de leurs voyages d’affaires. Elle l’étonne tout autant que la première femme qui l’a fréquentée. Cette nouvelle collaboratrice ébranle, elle aussi, ses certitudes, ses valeurs, allant même jusqu’à remettre son existence en question. Pour Ryan Bingham, vieillir sans nouer de liens dans un appartement presque vide commence par ne plus lui convenir avant de réaliser à quel point le business n’est sans doute pas la seule chose qui peut satisfaire un être humain. Quand il revient vers celle qu’il a le plus aimée, il est déjà trop tard pour établir une histoire sérieuse.

Avec l’aide d’un George Clooney qui perd de sa superbe face aux deux femmes, Jason Reitman nous offre une résolution aux propos sans concession, où sont finement abordés les excès, les obsessions d’une personne et les relations sociales dans l’entreprise. Ce dénouement que le comédien subit ne laissera personne indifférent tant par la vie trépidante de l’homme d’affaires qu’il joue que par ce que constate le philosophe Éric Weil : « le matérialisme a déshumanisé l’homme et son environnement. Il a fait de tout une matière première à transformer, un cobaye pour l’expérimentation afin d’en tirer toujours le plus de profit ». L’attitude cynique de cet homme d’affaires charismatique et son dévouement obsessionnel envers sa carrière sont admirés dans l’entreprise, mais dévoilent en réalité une angoisse relationnelle dont on devrait davantage appréhender avant de passer à côté de la personne qu’on aime. C’est donc une mise en garde incisive contre une dépendance excessive aux mécanismes du marxisme que nous propose l’auteur du célèbre Juno.

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