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Il a déjà tes yeux, critique

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On peut aimer tous les enfants du monde, mais on ne peut pas être les parents de n’importe lequel d’entre eux. C’est grâce à ce genre de phrase que l’auteur de La Première Étoile, Lucien Jean-Baptiste, prend le contre-pied des clichés traditionnels pour porter un regard amusé et amusant sur l’adoption…

D’origines africaines et réunionnaises, Paul (Lucien Jean-Baptiste) et Salimata (Aïssa Maïga) ont tout pour être heureux : un amour idyllique, un petit nid douillet en cours d’aménagement et un magasin de fleurs qui respirent les parfums du bonheur. La seule chose qui leur manque est un enfant. Les voies naturelles n’ont hélas pas rencontré celles du seigneur qu’ils se sont rapidement tournés vers un organisme d’aide sociale à l’enfance pour en adopter un. Les mois passent jusqu’à ce qu’un jour l’organisme les appelle. Le beau jour est arrivé : l’enfant porte le doux prénom de Benjamin. Il est beau. Il est blond aux yeux bleus. Il possède un sourire ravageur du haut de ses six mois et… il est blanc. Le contraste est évident, mais le couple noir n’en a rien à faire. Paul et Salimata l’adoptent, au grand dam de l’assistante sociale, Claire Mallet (Zabou Breitman), prête à tout pour connaitre leurs proches et faire la lumière sur les raisons de cette adoption.

De cette assistante sociale austère à des grands-parents désespérés, en passant par un ami maladroit, Paul et Salimata vont découvrir à quel point une simple adoption peut bouleverser la vie d’une famille, comme la leur, ancrée dans de vieilles traditions. Pour eux, la première famille Benetton n’est pas encore arrivée et tout reste encore à faire pour dépasser toutes les idées reçues inconvenantes.

C’est vrai. Personne ne semble dérangé par un couple européen qui adopte des enfants africains ou asiatiques. L’inverse est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait. Si la difficulté d’avoir un enfant ou d’en adopter un n’est pas un thème nouveau au cinéma, elle est nettement plus (d)étonnante chez Lucien-Jean Baptiste. Le réalisateur porte en lui cet entrain et cette frénésie pour s’engager intelligemment dans un combat désarmant et récurrent contre l’intolérance. Dans ce combat, les stéréotypes et les préjugés fusent et se confrontent peu à peu à des répliques bien senties et à des scènes amusantes, où se mélangent avec brio l’absurde et le comique de situation.

Dans le rôle des parents, Lucien Jean-Baptiste et Aïssa Maïga crèvent l’écran par leur bonté, leur dynamisme et leur générosité. Bass Dhem et Marie-Philomène Nga détonnent en parents ingrats, englués dans des valeurs familiales rétrogrades. Delphine Théodore rayonne face à Vincent Elbaz qui nous surprend (une fois de plus) dans son rôle d’éternel adolescent en pétard. Aux antipodes de ses rôles de beau gosse, Vincent Elbaz, affublé d’une moustache horrible, d’une paire de lunettes ignobles et de dents jaunies est si irrésistible en maçon tchèque qu’il nous plonge dans des situations explosives et tendues. Zabou Breitman, quant à elle, incarne à merveille une véritable petite peste qui se délecte d’une scène à l’autre face au couple Benetton que Lucien Jean-Baptiste et Aïssa Maïga incarnent.

Ajustant les petites phrases féroces, les personnages truculents et les rebondissements cocasses, les belles métaphores sur l’adoption d’enfants et sur le modèle d’éducation parentale, Lucien-Jean Baptiste ne ménage pas son fond universel sans être démagogue ni moralisateur. Par l’humour et un sens du rythme effréné, il profite des situations dans lesquelles s’enlisent ses personnages pour montrer aux ânes des fragments d’intolérance qu’ils jettent sur les jolies différences. Et, par la même occasion, participer à l’évolution des moeurs en matière de tolérance.

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