Critique : Identities, un film de Joshua Marston - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Identities, critique

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On a l’impression de connaitre son existence, mais on est en réalité pris au piège d’une vie romanesque qu’on semble ne pas saisir aussi bien qu’on l’imagine. Et les apparences troublantes pourront être fantastiques, voire révélatrices d’un nouveau départ lorsque les masques tomberont…

Prenant légèrement appui sur Adaline, Joshua Marston raconte l’aventure d’Alice qui possède une incroyable faculté : celle de vivre plusieurs vies dans un court laps de temps. Dès les premières images, elle se montre sous différentes formes. Tour à tour une assistante d’un magicien, une bohème, une étudiante, une infirmière et une femme d’affaires, Rachel Weisz qui l’incarne est étonnante de vérité. Après avoir quitté le cocon familial, il y a plus de 15 ans, Alice est constamment en mouvement. À chaque changement d’identité et à chaque déménagement, rien ne l’effraie et rien ne lui résiste. Que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle, Alice s’adapte. Elle est toujours à l’affût du moindre apprentissage jusqu’à ce qu’elle se rappelle un ancien amour.

Ce mystérieux admirateur se prénomme Tom (Michael Shannon) et c’est à New York qu’elle le retrouve. Pour s’en approcher, elle se lie d’amitié avec son collègue, Clyde (Michael Chernus), qui officie à deux pas de son laboratoire de biologie. Après une agréable première rencontre, Clyde l’invite à la fête d’anniversaire de Tom. Alice accepte sa proposition et elle fait connaissance avec ses amis. Elle se livre aisément, racontant son histoire à travers le monde. Et la femme de Tom, Ramina (Azita Ghanizada), est littéralement subjuguée par les expériences d’Alice.

On ne sait peu de choses sur cette fascinante Alice et sur ce qui la motive à s’immiscer dans la vie de Tom qu’elle a l’air de connaitre. Que pourrait signifier son retour ? Ce retour est-il le symbole d’un amour perdu ou est-il le résultat d’une quête sensorielle ? Alice est arrivée à la fête. Tom l’aperçoit. Leurs échanges et leurs regards en disent long. Parfois curieux, souvent embarrassé, Tom tombe des nues. Au fur et à mesure de la soirée où apparaissent des désaccords entre Alice et les convives, Tom hésite avant d’aller lui proposer une promenade sur les bords de Long Island. En observant Alice et Tom se contempler discrètement, on commence par comprendre que le retour de la jeune femme n’est pas le fruit du hasard. Et pourrait se révéler plus profond qu’une simple allocution de bienvenue. Rachel Weisz est si parfaite dans le rôle d’Alice qu’on ne sait pas lorsque les mensonges se termineront et quand la vérité débutera.

Alice et Tom se retrouvent de manière impromptue. Les origines de leur retrouvaille sont cependant floues. Nina (Kathy Bates) et son mari (Danny Glover) qui les croisent au détour d’une rue nous plongent dans une délicieuse conversation, où se dévoile dans l’ombre du mystère un parcours aussi marquant que passionnant. Les deux conjoints donnent un vrai sens moral aux péripéties d’Alice et de Tom. De l’expérience médicale d’Alice à un ténébreux Tom, en passant par une demande en mariage, on en déduit la nature sociale d’une jeune femme en quête de valeurs et d’un homme qui semble ignorer sa propre existence. L’un des exemples les plus marquants de leur rencontre nous vient de ceux qu’ils croisent. Spontanés, leurs connaissances, leurs proches forment un groupe d’individus hétérogènes et unis. Cette authenticité affine la personnalité d’Alice et de Tom, et ce naturel physique crée une tension qui les stimule jusqu’à la fin de leurs périples.

Comme le sous-entend Bob Dylan (Like a Rolling Stone), ce récit est celui d’une personne qui s’est égarée, qui s’est éloignée d’une certaine routine sans avoir une idée précise sur la façon dont elle pourrait se réinsérer. L’aspect séduisant de la vie n’est pas de vivre une seule et même existence, mais d’en épouser plusieurs au cours de son temps. Chaque identité, qu’elle soit mensongère ou pas, devient, sans le savoir, une expérience authentique et unique, emplie d’émotions réellement éprouvées. Alice le perçoit à chaque nouvelle aventure. Tom pourrait-il marcher sur les traces de sa partenaire ou la retrouver dans une autre vie imprévue ? Que ressentirait-il s’il la recroisait ?

Bien qu’il soit quelque peu difficile à suivre, Identities est une histoire qui vaut la peine d’être vécue. Michael Shannon et Rachel Weisz sont fascinants dans leurs jeux d’interprétation. Terriblement sémillants, ils sont en parfaite symbiose. Leurs interactions sont subtilement intoxicantes qu’ils finissent par nous contaminer et nous emporter dans leurs sillages. Sans la présence des seconds rôles qui les accompagnent, Identities ne serait peut-être pas si réussi, tant il insuffle à l’ensemble une candeur, une fraîcheur et une pureté sidérante. L’instant est finalement fantastique à vivre… Un seul mot : carpe diem !

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