Critique : Hostiles, un film de Scott Cooper - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Hostiles, critique

0

La brutalité et la poésie gémissante exposées dans les premières minutes de Hostiles donnent le ton aux aventures dramatiques de Christian Bale et de Rosamund Pike au sein d’un western spirituel à la fois grandiose, intime et intransigeant. Comme la plupart d’entre nous l’imaginent, vivre dans un Nouveau-Mexique sauvage, à peine apprivoisé, n’est pas de tout repos pour les personnes faibles de cœur. La violence est aussi naturelle que la respiration, le bonheur difficilement gagné ainsi que la mort blessante et soudaine…

Affligée, atone et meurtrie, Rosalie Quaid (Rosamund Pike) le connait parfaitement pour avoir perdu son mari Wesley (Scott Shepherd), ses deux jeunes filles, Lucy (Ava Cooper) et Sylvie (Stella Cooper), et son bébé, lorsqu’ils se sont fait assaillir par des Comanches revanchards. Pendant ce temps, le capitaine de cavalerie, Joseph Blocker (Christian Bale), observe ses hommes maltraiter une famille amérindienne qu’ils ont capturée. Le coeur de Rosalie et de Joseph est empli de haine, certains en parleront à juste titre, mais c’est cette haine, enracinée dans leur code génétique, qui perpétue le cycle interminable de la violence de génération en génération. Et qui illustre pleinement les dires de David Herbert Lawrence, un auteur britannique, dès le départ du western : « l’âme américaine est dure, solitaire et stoïque : c’est une tueuse ».

Une grande partie de ce western se préoccupe du dégel de cette animosité. Le capitaine Joseph est chargé d’emmener un Cheyenne, Yellow Hawk (Wes Studi), et sa famille sur leurs terres tribales, où son corps pourra reposer en paix selon d’anciennes coutumes. Joseph est réticent et se remémore de ses camarades tués par ce chef de guerre mourant. Mais, comme lui rappelle son colonel Abraham Biggs (Stephen Lang), Joseph est contraint d’accepter la mission sous peine de recevoir une sanction de la cour martiale et de perdre sa pension. N’ayant pas d’autres choix que de contourner des ordres présidentiels, Joseph sélectionne un groupe d’hommes pour assurer l’escorte de Yellow Hawk et le préserver jusqu’à sa destination, non loin d’un Nouveau-Mexique. Parmi ces hommes se trouvent le caporal Henry Woodson (Jonathan Majors), le lieutenant Rudy Kidder (Jesse Plemons), diplômé de l’académie militaire de West Point, son vieil ami, le Master Sergent Thomas Metz (Rory Cochrane), et un jeune soldat Philippe DeJardin (Timothée Chalamet).

Pendant que les hommes de Joseph aussi hétéroclite qu’expérimenté progressent vers les contrées du Nouveau-Mexique, ils croisent la route de Rosalie. La jeune femme, sous le choc de la perte tragique de sa famille, tient encore et toujours son bébé mort dans ses bras, lors d’une attaque sauvage menée par une bande de renégats. Assez étonnamment, le sort de Rosalie fait resurgir l’âme sensible d’un Joseph réservée et taciturne. Malgré des réserves à les rejoindre, eux et la tribu de Yellow Hawk, elle hésite, mais finit par poursuivre sa route avec eux dans l’espoir de trouver un peu de réconfort. Au fil d’une longue croisade, des alliances improbables se forment, même s’ils s’insurgent devant de nombreux dangers, physiques ou psychiques, auxquels ils affrontent avec une solidarité intrigante et troublante.

Se dessine ici un récit d’hommes américains, oscillant entre être sur le qui-vive face à un peuple amérindien et la contemplation. Joseph, Rosalie et leurs camarades qui les accompagnent se retrouvent au fur et à mesure de leur voyage confronté à leurs propres angoisses. Ce voyage éprouvant n’est pas si hostile qu’on ose l’imaginer. L’hostilité n’est pas là où elle se trouve. Elle n’est pas liée à l’affrontement sanglant entre deux cultures, entre deux races, mais à l’impact physique et psychologique qu’un tel affrontement peut causer sur l’existence d’une formation d’individus. Partagé et tourmenté par les effets et les origines de cette guerre sans fin, le groupe d’hommes qu’il constitue découvre à quel point leur voyage se transforme peu à peu en une incroyable quête salvatrice. S’ajoute au coeur de ce voyage une réflexion introspective sur le déchainement de violence qui pèse lourdement sur la vie d’êtres humains, quels qu’ils soient.

La frontière est terriblement mince entre ce qui fait d’une âme un héros et un autre un pilleur, un protecteur ou encore un tueur. L’instinct animal qui lui permet de survivre à une longue guerre est exactement ce qui rend difficile son adhésion à la vie civile. Scott Cooper mêle adroitement la réflexion sur la capacité de l’homme à s’intégrer et la remise en cause l’histoire de la race, de la violence et tout ce qu’elle représente pour la société dans un western contemplatif. Porter ce genre de western au cinéma est un pari ambitieux, quelque peu austère, lors de la rencontre entre affrontement et introspection, qui parvient à se montrer comme une oeuvre engageante et pertinente.

Si ce western est pertinent tant par la vue imprenable du Nouveau-Mexique que par le questionnement de l’homme, les compositions musicales et picturales de Max Richter et de Masanobu Takayanagi atténuent l’hostilité du groupe d’hommes envers la tribu adverse. Cet apaisement souligne l’interaction magnétique de chacun d’entre eux et leur attachement à la terre rude du Nouveau-Mexique qu’ils subliment ensemble. Se distinguent de ce groupe Christian Bale et Rosamund Pike qui réussissent avec peu de mots à nous offrir un témoignage émouvant de la rédemption et de la résilience de l’âme dans un western éprouvant et méditatif. Wes Studi, quant à lui, tire sa révérence et devient l’incarnation de la dignité grâce à ses échanges avec un Christian Bale aussi rongé que lui par tant de pertes proches inutiles.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...