Critique : Her, un film de Spike Jonze - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Her, critique

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Oscar du meilleur scénario original en 2004, Her est une réflexion pertinente sur la dépendance de l’homme aux nouvelles technologies, doublée d’une analyse subtile des rapports amoureux de nos jours. Si le sujet peut dérouter, la performance ébahie de Joaquin Phoenix et la voix sensuelle de Scarlett Johansson ne sont pas étrangères aux émotions qui se dégagent de cette œuvre mélancolique et touchante…

Auteur de Dans la peau de John Malkovich, Spike Jonze raconte l’histoire de Théodore (Joaquin Phoenix), un ingénieur informatique solitaire, qui ne supporte pas son divorce. Pour tromper son ennui, il développe un nouveau système d’exploitation porté par une voix humaine et sensuelle. Samantha (Scarlett Johansson) l’accompagne dans sa vie quotidienne et il en tombe amoureux au coeur d’une société futuriste. De ce résumé, Jonze signe un film brillant, où les décors à la photographie soignée et moderne sont épurés et géométriques, et où le rapport à l’autre est remis en cause par une technologie inquiétante et tranquillisante.

Théodore et Samantha se parlent, ils rient par le biais d’une oreillette connectée. La relation qui s’installe entre ces deux-là devient intrigante et passionnante. Cette simple romance progresse vers une histoire d’amour hors-norme. Enfermé dans un monde qu’ils ont créé, Théodore, envouté par Samantha, ne se rend pas compte de l’impact de cet univers sur une vie sociale réelle. Les relations sont certes plus faciles dans le virtuel, mais elles se complexifient lorsqu’une demoiselle sonne à la porte d’entrée de Théodore. Et lorsque ce dernier ne prend aucun risque de la connaitre. Il prend la tangente. À travers ce constat dramatique, Spike Jonze évoque les thèmes de l’amour, de la relation à deux, de la rupture amoureuse, de la solitude et de la tristesse tout en comparant le réel et le virtuel.

Possédé par son personnage solitaire au cœur blessé, Joaquin Phoenix est déconcertant en homme passionné et inspiré par cette technologie qui l’entoure. Scarlett Johansson apparait accommodante et décomplexée. Spike Jonze leur donne de vrais rôles de composition où chacun brille à sa manière, l’un évoquant sa peur d’être seul et l’autre lui donnant des conseils. Leur incroyable et improbable histoire arrive à nous transporter dans un monde imaginaire, allant même jusqu’à les envier.

Sans le monde de la réalité, celui du virtuel n’existerait pas. Joaquin Phoenix le découvre au fur et à mesure du récit et l’enthousiasme de son personnage se transforme peu à peu en tristesse lorsqu’il donne une apparence réelle à son fantasme numérique. Malheureusement, cela n’est guère possible et sa seule amie du monde réel Amy (Amy Adams) le lui fait bien comprendre. Théodore peine à prendre confiance en lui et à écouter les conseils des deux jeunes femmes. Pourtant, Amy lui apporte une stabilité et Samantha lui amène un peu d’amour, d’assurance, de bonheur et de joie qu’il devrait s’en sortir seul.

Spike Jonze mêle présent et futur dans le but de nous faire réfléchir sur nos désirs, sur nos sentiments, sur nos rêves, sur notre solitude et surtout nos attentes au sein de notre société moderne. Entre l’imagination et la réalité, entre la solitude qu’on cherche à combler, et les scènes entre Théodore et Samantha qu’on cherche à vivre à leur place, la vie est la même pour tous. Tomber sous le charme d’un programme ou faire une rencontre « IRL » ne semble pas si éloigné de ce que l’on vit chaque jour. Bien au contraire, cette existence illustre tristement notre présent et soulève des questions importantes : comment évoluera notre rapport réel à l’autre avec la technologie développée par l’homme depuis la naissance du Web communautaire ?

NDR : « IRL » signifie « In Real Life », soit « dans la vraie vie » en français.

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