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Habemus Papam, critique

Guillaume Blet 0

Le comédien Michel Piccoli est rentré dans les ordres pour le compte de Nanni Moretti. Il endosse le costume d’un Saint-Père angoissé qui se cherche au sein d’un récit tragi-comique iconoclaste. Le réalisateur qu’il interroge saisit à travers la vie de son personnage ses appréhensions et ses incertitudes pour porter un regard désappointé sur le fonctionnement de l’Église catholique…

Après la mort du pape, le conclave se réunit pour élire son successeur. Des votes se déroulent dans la chapelle Sixtine. Les médias sont présents pour relayer l’information au monde entier et les fidèles sont assis sur le parvis de la place Saint-Pierre. La fumée noire se dresse et celle de couleur blanche s’élève de la chapelle. Le cardinal Melville (Michel Piccoli) devient le souverain pontife Célestin VI. De nombreux cardinaux attendent son apparition au balcon. Dépressif, Célestin VI ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Il entreprend une cure psychanalytique avec le professeur Brezzi (Nanni Moretti) pour le convaincre d’épouser la fonction papale. Lorsque des angoisses commencent à le submerger, il s’enfuit dans les rues de Rome et l’esprit errant essaie de se comprendre et de répondre aux questions de personnes qui l’interpellent avant de trouver la force d’accepter cette élection.

Pour son nouveau passage derrière et devant la caméra, Nanni Moretti analyse avec Michel Piccoli un monde dans lequel les remèdes paraissent impuissants. L’auteur de La Chambre du fils confronte les points de vue de son personnage à ceux des cardinaux et du pape qu’interprète l’acteur. Ni la psychanalyse, ni les croyances, ni les personnes providentielles interrogées ne semblent être à la hauteur pour lutter contre les maux sociétaux. Dans la peau d’un Saint-Père anxieux, Michel Piccoli s’engage alors dans un combat de l’âme contre l’inconscient freudien, allant jusqu’à remettre en cause les valeurs de l’Église catholique à travers la liberté et le plaisir, la lucidité et la religion, le devoir et la responsabilité, le doute et la solitude.

À plus de 86 ans, Michel Picolli campe à la perfection le rôle d’un pape plus vrai que nature. Il rayonne de vitalité quand il est relayé au second plan. En le suivant dans les rues de la capitale italienne, on ne peut qu’observer la grâce, le charisme et la souffrance de l’homme qu’il joue. Il ne cesse de le réclamer, il ne souhaite pas être le premier, car il ne sait pas comment il pourrait devenir le souverain pontife en guise de cadeau du ciel. Appartenir corps et âme au Vatican et endosser une telle responsabilité sont autant d’éléments qui suscitent la réflexion, même si la foi est présente.

Avec l’appui de la quête introspective d’un Michel Piccoli inégalable et touchant, Nanni Morreti apporte un regard pertinent sur les valeurs de l’Église catholique. Michel Piccoli apparait comme un cardinal récemment élu pape par le conclave, à son corps défendant, au cri de panique qu’il pousse dès cette nomination. Le comédien nous surprend par sa démarche, transcendant l’oeuvre de Nanni Morreti avec lucidité, humanité et sobriété.

NDR : Habemus Papam – Diffusé le 9 octobre 2015 – Ciné Plus Club.

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