Critique : Grave, un film de Julia Ducournau - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Grave, critique

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La jeune auteure Julia Ducournau débarque de la meilleure des manières qui soit dans le paysage du cinéma français. Avec Grave, son premier film, elle démarre fort en explorant les pulsions cannibales d’une étudiante ou, du moins, celles qui lui permettent de survivre au sein d’une grande école de médecine…

En pleine quête identitaire, Justine (Garance Marillier) se découvre puis se cherche une place dans un milieu estudiantin différent du sien. Au fil de son parcours que ses professeurs remettent en question, elle évolue principalement au contact de son colocataire homophile (Rabah Naït Oufella) et de sa sœur extravagante (Ella Rumpf). Et, c’est sans oublier des éveils sexuels qui noircissent son récit et qui réveillent en elle sa métamorphose. Ces cauchemars l’attirent, la repoussent, allant jusqu’à la contraindre à puiser des morceaux de personnalité de ses camarades pour forger la sienne et se nourrir de leur univers sinistre. Plongée dans cet univers, Justine, une étudiante sage, se transforme peu à peu en une femme pulsionnelle et sauvage, à son grand désespoir. Et, au-delà de cette nouvelle apparence, se dessine un portrait d’une jeunesse désœuvrée, où être assoiffé de chair humaine semble être le syndrome de la réussite.

Ce portrait métaphorique, quelque peu terni par une mise en scène confuse, possède toutefois de bonnes choses, notamment lorsque des clivages se forment entre les étudiants qui reviennent à la raison après leurs mutations, et les acteurs qui les incarnent. Les comédiens ne sont pas toujours en phase avec leur personnage respectif. Tour à tour bienveillants, cruels et incompréhensifs, ils nous envoûtent et nous plongent dans l’univers effroyable d’une prestigieuse école qui instrumentalise les étudiants qu’ils jouent. Pire encore, leurs professeurs les obligent à dépasser leurs limites et leurs peurs pour devenir la crème de la crème. Entre le corps enseignant et les étudiants qu’elle suit, Julia Ducournau nous interroge sérieusement sur la façon malsaine dont la jeunesse peut s’épanouir au sein d’un système éducatif décadent qui vit au rythme des musiques hypnotiques.

La jeune auteure Julia Ducournau s’est concentrée essentiellement à ce que l’on garde une certaine empathie pour son personnage central (ici, Justine) qui essaie de lutter contre ses vilains démons. Pari réussi : on prend pitié d’elle. On s’inquiète même du sort qui lui sera infligé à la fin d’une année scolaire marquante et éprouvante. Pourra-t-elle s’en remettre un jour ?

Par le biais d’une mise en scène léchée et de la métamorphose de son héroïne, Julia Ducournau montre à quel point une mise en concurrence aussi absurde que féroce entre étudiants peut nuire au bon fonctionnement du système pédagogique. Les interprétations des comédiens un tantinet inégales parviennent à être saisissantes. Sensibiliser leurs personnages sur les limites d’un tel système en les confrontant à des cannibales est une métaphore d’une redoutable efficacité qu’elle nous accroche par la force et le dégoût autour de la réussite professionnelle.

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