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Gaspard va au mariage, critique

Guillaume Blet 0

Après plus de vingt ans d’absence, Gaspard, un prince absorbé dans ses pensées, se décide. Il revient enfin dans le zoo domestique pour retrouver les animaux et ses proches qu’il a vus grandir, à l’occasion d’un mariage pour le moins insolite. Il éveille sur le chemin du retour Laura qu’il fait dévier les rails d’une existence ordinaire. Pour Gaspard, de cette rencontre fortuite avec cette charmante princesse, s’ouvre une aventure singulière qui pourrait le dérouter. Jusqu’à bousculer les codes du passage à l’âge adulte, et plus particulièrement les siens, où il semble ignorer les derniers jours de son enfance…

Distrait, Gaspard (Félix Moati) se rend au mariage d’un de ses parents, emmenant Laura (Laetitia Dosch) dans une aventure dégénérée et fantaisiste. Max (Johan Heldenbergh), son paternel, un éternel et excentrique coureur de jupons, leur présente Peggy (Marina Foïs), sa dernière et nouvelle compagne, qui travaille comme soigneuse dans le zoo qu’il gère avec ses deux autres grands enfants. Face à l’attitude curieuse et réservée de son père, ainsi que de son frère Virgil (Guillaume Gouix) et de sa soeur Coline (Christa Théret), les raisons pour lesquelles Gaspard sollicite l’aide bienveillante d’une princesse de fortune – dont Laura s’est portée garante pour endosser le rôle – paraissent évidentes. Ce rôle saugrenu, qui est provisoirement et contre rétribution journalière, s’avère réel autant que le mariage chancelant de son paternel. Les convives arrivent et la fête peut commencer.

Entrer dans l’habitacle du patriarche Max n’est pas simple, d’autant plus que d’étranges formes et de mauvaises fées, si jolies soient-elles, gîtent dans le zoo. D’abord sur le ton léger d’une comédie familiale résolument fantasque, Antony Cordier nous entraîne sur les pas de la nouvelle hôte, Laetitia Dosch, qui s’est immiscée dans une demeure architecturalement inclassable. Entre effarement et excitation, elle remarque tous les animaux humains qui y séjournent et qui évoluent parmi les animaux à poil dont ils prennent soin. Les personnes intrigantes qu’elle côtoie ne sont pas elles-mêmes, couvertes d’une peau de bête. Naviguant dans son esprit, son partenaire Félix Moati donne la réplique à Christa Théret qui prête ses traits à une femme aussi envoûtante qu’inquiétante. La femme animale qu’incarne Christa Théret se fie exclusivement à son instinct pour appréhender tout ce qui vient à elle et, plus encore, tout ce qui risquerait de la séparer de Félix Moati.

À peine débarquée dans ce zoo unique en son genre, Laetitia Dosch ne quitte plus guère la sphère, presque hors temps, de Johan Heldenbergh, sur lequel souffle un constant vent de folie amené par une présence haute en couleur du maitre des lieux. Fier de ses terres natales flamandes, Heldenbergh, qui s’est glissé dans la peau de ce beau-père extravagant, s’immerge complètement dans un immense aquarium, où des poissons-suceurs soignent l’eczéma que lui donne l’approche rocambolesque du mariage. L’engagement de Johan Heldenbergh, l’abandon si peu regardant de son entière personne à la caméra et aux mille petites bouches emporte tout sur son passage, irradiant l’écran par sa loufoquerie.

D’un paternel devenu l’homme mature d’une seule femme, à une petite amie imaginaire, en passant par une soeur animale et une transformation ultime, ces quatre chapitres façonnent le monde singulier de Gaspard. Entre la peur de progresser de l’insouciance à l’adultisme, cette comédie familiale, qui narrait l’intégration de la femme que Gaspard a mentalisée dans une demeure au charme indéfinissable, finit par sombrer, allant jusqu’à se charger de renoncement et de tristesse. En pleine mutation, les proches de Gaspard doivent se dessaisir du zoo, rattrapés par des ennuis financiers dans lesquels ils se débâtent avec le maitre des lieux. Se dessine alors le visage troublant du conte populaire, Peau d’âne, de Charles Perrault. Sa part d’initiation et de cheminement vers la maturité marque l’abandon d’un âge d’or, quelque peu incestueux, pour Gaspard et les siens, des êtres humains animalisés, qui vivaient en bonne intelligence avec des animaux quadrupèdes. La perte de cet éden – sans lequel ne peuvent s’envisager le dégagement de ces êtres humains grandis et leur arrachement à leur terre – démontre à quel point rencontrer une personne qu’on affectionnera autant que sa famille est difficile à acquérir.

Ainsi, les significations les plus ambivalentes de cette fratrie unie par des liens forts sont révélées, la limite est mince entre la comédie dégénérée et la comédie fantaisiste, les personnages aussi inaccoutumés que vertueux masquent à grand-peine la confusion de la famille. Le zoo domestique est l’âme de leur eldorado, où ils se sont abandonnés à eux même, tels des corps dansants qui s’épanouissent au milieu d’un amour environnant, pour célébrer la vie, si subtile soit-elle, avant de murir.

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