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Friend Request, critique

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Jouer sur la vague des réseaux sociaux est toujours une idée intéressante lorsqu’il s’agit de nous montrer à quel point une quelconque dépendance peut être mortelle. Enfin, il reste à espérer que le jeune cinéaste allemand, Simon Verhoeven, arrive à nous le prouver… 

Simon Verhoeven raconte l’histoire d’une brillante étudiante en psychologie à la fois épanouissante, extravertie et moderne. Elle possède sur son compte Facebook plus de 800 amis avec qui elle s’amuse, fait la fête, etc. Bref, elle est totalement rayonnante. Un jour, lorsqu’une dénommée Marina (Liesl Ahlers) lui envoie une demande d’amie sur Facebook, elle l’accepte sans réfléchir. Peu à peu, Laura se trouve vite envahie par Marina qui s’intéresse à elle de près comme de loin. Jusqu’à ce qu’un désaccord houleux se produise entre elles. À la demande de ses amis d’enfance, Olivia (Brit Morgan), Gustavo (Sean Marquette), Kobe (Connor Paolo) et de son fiancé Tyler (William Moseley), un étudiant en médecine, Laura décide de retirer Marina de sa liste d’amis. Quelques jours plus tard, elle apprend le décès troublant de Marina. Un décès qui déclenche dans la vie de Laura et de ses proches toute une série d’événements diaboliques et tragiques. Plongés, malgré eux, dans une vie idyllique et virtuelle, ils sont dans l’incapacité de cerner les mécanismes de ce « cyberharcèlement » auquel ils sont exposés.

Ce qui devait être une réflexion mature sur l’impact des réseaux sociaux sur la vie de simples étudiants se transforme en un film horrifique alambiqué dont l’issue ne s’achève pas sur le suicide de Marina. Ce qui est regrettable de ne pas l’avoir terminé sur ce suicide, car il aurait mis en exergue la dangerosité des réseaux sociaux et notre incapacité à distinguer la réalité du virtuel.

Si Simon Verhoeven ne clôture pas son film sur Marina, il n’en reste pas moins une personne intéressante, puisqu’au fur et à mesure du récit de Laura, nous découvrons comment sa relation avec une inconnue, encapuchonnée et profondément esseulée, devient toxique. Cette méconnue parvient à détourner le compte Facebook de Laura pour lui faire payer le prix de son ignorance et son mépris, via de mystérieux rites. Laura qui favorise ses amis virtuels apprend à ses dépens les risques des réseaux sociaux, à l’occasion de son enquête tortueuse qui la conduit, elle et ses amis, tout droit à leur déchéance.

L’histoire ésotérique de Laura, conjuguant le surnaturel ancien aux technologies nouvelles, est loin d’être anodine ou compliquée. Elle part d’une idée toute simple : celle de transmettre un message de mise en garde à une jeunesse écervelée détournant la réalité avec Facebook. Et celle de les sensibiliser sur les dangers des réseaux sociaux, lors d’un dénouement inconvenant. Si Simon Verhoeven ne termine pas son film sur Marina pour mieux nous marquer, il parvient à nous entraîner dans les méandres de la postmodernité, mélange d’archaïsmes (propension à rechercher les plaisirs immédiats, à vivre dans l’instant présent ; retour des valeurs ancestrales d’une certaine force de tribalisme) et du développement technologique pour nous poser d’autres questions pertinentes : Qu’est-ce qu’une relation humaine ? Qu’est-ce qui la définit pour qu’elle fonctionne correctement sans entraîner la perte de l’homme assoiffé de « followers » et éconduit par des membres virtuels agressifs ? Épicure, philosophe grec, peut nous guider avant qu’un sortilège ne s’abatte sur nous et ne nous plonge dans la solitude : « L’homme qui ne se contente pas de peu, ne sera jamais content de rien. »

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