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Faut pas lui dire, critique

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Portée par Solange Cicurel, une avocate belge devenue réalisatrice d’un soir, et soutenue par des situations rythmées pleines de bon sens, cette comédie chorale féminine cache bien des choses. Lorsqu’il s’agit d’en cacher, notamment faire des cachotteries et des secrets, Camille Chamoux (Maman à tort), Jenifer Bartoli (Les Francis), Stéphanie Crayencour et Tania Garbarski ne font pas dans la dentelle en envoyant valser la gent masculine. Mais, ce qu’elles oublient est qu’il ne faut pas (tout) lui dire…

Yaël (Stéphanie Crayencour) est aux anges. Elle se marie dans quelques semaines avec Maxime (Arié Elmaleh), même si elle constate qu’il l’a délaissée pour son travail. Si elle n’a toujours pas allumé la flamme de son partenaire, ce n’est visiblement pas faute d’avoir essayé. Le cœur a probablement ses raisons et Yaël prend son mal (et sa libido) en patience jusqu’à ce que Anouch, Ève et Laura viennent pimenter sa vie de couple. Si ses trois cousines sont différentes, elles possèdent toutefois ce même tempérament de feu qu’elle, malgré qu’elles soient passées du stade de l’avant-mariage à celui du divorce.

Anouch (Tania Garbarski) retrouve une seconde jeunesse dans sa perpétuelle recherche du grand amour en envoyant les hommes valser lorsqu’ils veulent entrer dans sa vie. Ève (Camille Chamoux) teste les limites de son mari David (Stéphane Debac) qu’elle juge trop parfait et trop serviable. Laura (Jenifer Bartoli), une avocate rigoureuse, est en pleine procédure de divorce. Un jour, les trois jeunes femmes découvrent le secret de Maxime. Elles sont toutes abasourdies et leurs tractations les mènent vite à jurer « Faut pas lui dire ». Mais, ce qu’elles oublient est qu’il ne faut pas jurer lorsqu’on a la langue bien pendue et lorsqu’un des prétendants de leur cousine Yaël réapparait pour la reconquérir. Ce qui devait être qu’un simple secret à garder apparait comme un véritable parcours du combattant, les précipitant dans des péripéties, pleines de surprises qui s’enchaînent sur un rythme effréné.

C’est avec ce propos vaudevillesque et en jouant sur le proverbe « Si tu aimes la banane, ne mange pas la papaye » que Solange Cicurel nous fait rire et sourire. Le sourire de son quatuor féminin qu’elle dirige enrobe de sympathie dans son premier film énergisant et hilarant. Il en est de même pour cette musique euphorisante qui émerge d’emblée et qui imprègne la caméra de Solange Cicurel. S’ajoutent ensuite ces quatre cousines qui forment une joyeuse bande de filles à l’humour percutant. Elles représentent pour Cicurel une « girl power » qu’elle redéfinit avec un sens de l’humour percutant et une certaine virtuosité. Habile dans les scènes de plaidoirie dont une apparait comme la plus hilarante et inattendue du film, Solange Cicurel s’impose dans l’art du « team-building ».

Si Jenifer Bartoli en avocate du Barreau n’est pas à l’aise au début, elle l’est beaucoup plus au fur et à mesure de son aventure délirante avec les impétueuses Camille Chamoux et Tania Garbarski. Stéphanie Crayencour, quant à elle, irradie l’écran, par sa justesse de jeu et sa subtilité. Elle est à la fois exquise et rayonnante de vitalité. Au cœur du chassé-croisé mené tambour battant par ces quatre jeunes femmes, il y a le malheureux Arié Elmaleh qui parvient à jouer double-jeu. Un rôle qui ne lui est pas évident de jouer, mais qui prouve qu’il peut sortir de l’ombre de son ainé Gad. Pour le reste du casting, les apparitions de Charlie Dupont qui incarne l’ancien et futur époux de Bartoli, de Laurent Capelluto qui déborde une nouvelle fois de sympathie et tendresse malgré son incroyable maladresse qu’il trimballe dans ses rôles de médecin ou encore du rare Stéphane Debac qui cache bien son petit jeu. Avec les bons conseils avisés de Solange Cicurel, la gent masculine fait mouche et n’en démord pas face à des femmes mordantes qui leur refont le portrait. Ici, Cicurel joue la finesse pour éviter de prendre le parti des femmes.

Entre la Vénusienne Stéphanie Crayencour ainsi que les Martiennes Jenifer Bartoli, Camille Chamoux et Tania Garbarski en femmes solaires, Solange Cicurel fait des allers-retours pour explorer ce qui les lie et les oppose, leurs fragilités et leurs forces, marquant son empathie pour tous ses personnages. C’est cet amour-là qui fait de Faut pas lui dire une comédie chorale plus qu’attachante et mixte devant laquelle les femmes peuvent prendre leurs pieds sans pour autant larguer les hommes. C’est tant mieux. C’est même touchant, voire pétillant, jouissif, frais, fin, très fin que nous en reprenions bien une bonne dose. Du moins, pour redécouvrir au travers des mensonges des uns et des autres ce qu’est l’amour, la complicité, la solidarité et la vie conjugale. Avec une bonne pincée d’humour et de poésie belges.

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