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En solitaire, critique

Guillaume Blet 0

Avec une équipe technique limitée, le chef opérateur Christophe Offenstein relève le défi de tourner dans un espace exigu, presque à huis clos, et préfère l’océan aux fonds verts. Cette solution s’avère la plus ardue, mais aussi la plus efficace pour nous entraîner à la poursuite d’un skipper complètement dévoué à sa course qui se lie d’amitié avec un jeune clandestin mauritanien. De ces deux personnages naît une étrange relation qui relègue le Vendée Globe, l’une des plus prestigieuses courses à la voile au monde, au second plan…

Si le solitaire François Cluzet porte magistralement le film sur ses solides épaules de comédien, Christophe Offenstein fait également appel à des comédiens avec lesquels il a l’habitude de travailler. On retrouve Guillaume Canet dans la peau d’un homme blessé, Jean-Paul Rouve dans celle d’un skipper détendu, Samy Seghir dans celle d’un courageux immigrant et Virginie Effira dans celle d’une épouse attentive. Film d’aventure intense, qui nous entraîne dans la folle épopée du célèbre Vendée Globe, En solitaire s’écarte peu à peu de ce récit pour en conter un autre : celui de l’immigration.

À l’instant d’un voilier qui tangue dans les océans, En solitaire navigue donc entre différents genres. D’abord un film d’aventure immersif, il se mue peu à peu en drame teinté d’humour à mesure que se dévoile la relation entre l’immigré et le skipper. Christophe Offenstein dresse ici le portrait de deux héros qui s’unissent et se dépassent physiquement, confrontent leurs joies et leurs peurs lorsque la mer se calme et s’agite. Il filme leurs inquiétudes et leurs réjouissances, leur faim et leur fatigue, leur solitude et leur stress tout en dépeignant brillamment la beauté et l’immensité des océans. Christophe Offenstein cerne à la perfection le quotidien de ses héros et parvient à nous faire vivre, le temps d’un film tourné comme un documentaire passionnant, ce que peut être une telle course. Offenstein nous fascine par ses points de vue, nous plaçant à bord, comme pour nous faire prendre la vague lorsqu’il filme cette traversée et ces hommes esseulés qui doivent rester vigilants face au danger de la mer. Derrière ces héros se cachent des familles inquiètes qui, malgré tout, réussissent à garder le cap et à motiver leurs proches.

Mais, En solitaire a le défaut de sa qualité. À trop vouloir mêler deux thèmes, il ne parvient jamais à concilier les deux et apparaît finalement plus comme un film d’aventure qu’un drame. Le thème de l’immigration, s’il permet à Christophe Offenstein d’introduire un message fort et humain, n’est que survolé. Là où Philippe Lioret avait fait monter la tension dramatique de Welcome, aux thèmes analogues à ceux de ce film, Offenstein finit par oublier la relation entre ses deux hommes solitaires. Il privilégie la course en mer dans laquelle l’un d’entre eux (ici, François Cluzet) s’était engagé. C’est dommage pour En solitaire qui s’avère être un défi technique passionnant, mais n’est pas suffisamment étoffé.

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