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Elle, critique

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Des années après Black Book, dont le traitement nuancé de la Résistance hollandaise durant l’occupation allemande avait été bien narré, Paul Verhoeven revient derrière la caméra. Avec Elle, il met en scène Isabelle Huppert qui joue un double jeu au cœur d’un thriller psychologique implacable à la fois diabolique et machiavélique…

Paul Verhoeven plonge Michèle (Isabelle Huppert) dans les eaux troubles de la relation humaine et perverse. Cette femme est une chef d’entreprise impitoyable et une mère de famille fragilisée par un accident. Depuis ce malheureux incident, elle préfère être d’une froideur et d’une perversité sans précédent plutôt que de laisser transparaître ses émotions et de parler de son douloureux passé. Son amant soucieux, son associée préoccupée par son travail, son ex-mari dépressif et son fils affaibli par la séparation de ses parents ne comprennent pas son attitude décomplexée face à ce qu’elle a subi. Contrairement à cet entourage qui s’inquiète pour elle, Michèle vit dans l’instant présent tout en nous entraînant dans un tourbillon de scènes parfois dérangeantes, souvent libertines que personne ne peut anticiper. Michèle est l’archétype d’une femme imperturbable, mais la présence d’un étrange voisin (Laurent Lafitte) et de mystérieux salariés pourraient bien l’ébranler et l’empêcher de remonter à son agresseur.

Les dialogues entre Michèle et les gens qu’elle croise sont froids. La mise en scène de Paul Verhoeven est un poil plus statique qu’à l’accoutumée et la partition musicale d’Anne Dudley est parfaite pour faire perdurer le suspense jusqu’à la fin du récit de Michèle. Par un incroyable tour de force, cette héroïne intrigante laisse libre cours à ses fantasmes pour piéger ceux qui la traquent. Et les enrôler dans un jeu malsain qui en désarçonnera certains. En deux temps et trois mouvements, Michèle nous montre à quel point une victime peut être tout aussi machiavélique et vicieuse que ses offenseurs dont elle ne connait presque pas. Ce jeu que Michèle orchestre adroitement est bien plus psychologique qu’il n’y parait. Si elle fait tomber quelques masques, elle pourrait ne plus revenir, si l’on se rappelle la rencontre sulfureuse entre Michael Douglas et Sharon Stone (Basic Instinct).

Qu’il s’agisse de faire monter la tension jusqu’à son paroxysme, et de plonger l’agresseur et la victime dans un jeu pervers de séduction, c’est un fait. Mais Paul Verhoeven va encore plus loin. Il en profite pour faire de nous des témoins directs qui préfèrent se rincer l’œil devant des ébats sensuels plutôt que d’agir. Et, au-delà de cette distraction, c’est l’impulsivité d’un harceleur, la folie démesurée d’une femme et leurs incertitudes morales qui sont considérées comme une mise en scène érotique d’une existence ordinaire.

De cette confrontation haletante et intense entre l’agresseur et la victime, Paul Verhoeven signe une satire psychologique et sensuelle d’une certaine forme de bourgeoisie. Si la femme est décrite comme une manipulatrice persécutée, son partenaire masculin est réduit la plupart du temps à ses plus bas instincts au sein d’une œuvre subversive, mêlant le mal et les pulsions érotiques dans un entrelacs habile et complexe, qui en déroutera plus d’un.

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